‹ Poésies (volume 2)Chapitre 150 sur 208 · L'ENFANT PERDU · texte numérisé non relu

L'ENFANT PERDU

Mais elle se relève et ne s'arrête pas.

En la voyant errer sans but et sans parole ,

Le passant matinal dit tout bas : — « Elle est folle ! »

Le délire, en effet, de sa force vainqueur,

A tout espoir brisé succédait en son cœur.

Grand Dieu ! Là , sur le bord de la mare fangeuse ,

Où s'amassent les eaux de la nuit orageuse,

C'est un soulier d'enfant, c'est le sien!.... 11 est là!

N'a-t-elle pas cru voir, sous l'onde qui s'enfla ,

Sa tête s'élever convulsive, inondée?

Mais , non ; de chaque bord Tonde est longtemps sondée ;

Rien n'est trouvé... Son fils n'est pas mort sous les eaux.

Elle se lève , elle erre à travers les roseaux ;

La ronce la déchire, elle marche, intrépide;

Qu'importe la douleur! Dieu lui-même la guide.

Que voit-elle là-bas? un lambeau suspendu....

Et là.... sous un buisson.... c'est lui, l'enfant perdu!

Dieu ! qu'il avait pâli ce beau visage d'ange! Sur l'herbe» inanimé, sanglant, souillé de fange, Il était étendu. — D'un bond précipité Jusqu'au lit de sa sœur la mère Ta porté , Et la sœur, pâlissaut de joie et d'espérance, Â tout à coup senti décroître sa souffrance. Mais son frère doit-il survivre à ses douleurs?.... Lorsque l'orage a fui , Dieu prend pitié des fleurs. Ses yeux , encor gonflés par son angoisse amère , Ses yeux se sont ouverts pour sourire à sa mère.... Et la mère inondait de ses larmes d'amour Ses deux enfants que Dieu lui rendait en un jour.

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