‹ Poésies (volume 2)Chapitre 155 sur 208 · LA STATUE DU POUSSIN · texte numérisé non relu

LA STATUE DU POUSSIN

Romuliis a donné le signal , et soudain L'épouvante, les cris ont remplacé la joie,

Et la Sabine , faible proie , S'agite vainement dans les bras du Romain.

Ou des antiques mœurs cherches- tu le modèle?

Eudamidas, couché sur son lit de douleur,

Lègue à la piété de son ami fidèle

Le soin de soutenir et sa mère et sa sœur.

Naïveté sublime , empreinte d'un tel signe

De noble confiance et de vrai dévoûment,

Que, pour la bien comprendre, il fallait être digue

De faire ou d'accepter un pareil testament!

Mais te voilà touché d'une ferveur nouvelle.

 ses genoux Jésus t'appelle :

Qu'il est pur ! qu'il est gracieux ! Sa Mère virginale entre ses bras le presse;

Vers saint Jean , que sa main caresse ,

Son regard tendrement s'abaisse , Divin reflet d'un cœur au^si grand que les deux.

Qui mieux que toi comprit cette essence divine? Le voilà ! tu peins l'homme, et le Dieu se devine; Il parle, et sa voix sainte éveille un noble écho; * Soit qu'avec quelques mots écrits sur la poussière, 11. chasse les bourreaux de la femme adultère. Soit qu'il rompe le pain ou rende la lumière Aux aveugles de Jéricho.

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Oui ! l'on t'a bien nommé le Peintre des pensées ! Voici que les Saisons , les mains entrelacées , Autour du dieu Janus vont dansant devant toi. Le Temps, qui les regarde avec un fin sourire t Fait vibrer sous ses doigts les cordes de sa lyre , Et de leurs pas règle la loj.

Un semblable sujet t'inspire un nouveau rêve. — Le Printemps dévient la blonde ÈVë, Dont nul désir impur n'a fait battre le sein. — L'Été , c'est la moisson , c'est Ruth , humble Glaneuse , Ramassant les épia que, de sa gerbe heureuse , Booz a sur ses pas répandus à dessein.

— L'Automne offre un raisin de la terre promise....

— Mais l'espace est voilé d'une ombre épaisse et grise ; Le soleil obscurci dans les çieux s'est perdu;

La foudre a sillonné les airs; l'homme éperdu ., Poursuivi par les eaux dans sa barque fragile, Vers Dieu qui le poursuit lève un bras inutile; L'onde envahit les toits, submerge les nochers; Les reptiles impurs glissent sur les rochers» Rien ne sera sauvé de l'immense tempête ; Ni celui qui des monts a pu toucher le faîte, Ni celui qui se fie aux pieds de ses chevaux ? Ni l'enfant nouveau-né que , sans espoir, sa mère, < Sublime de douleur, élève vers son père : L'onde immense ouvre à tous de mobiles tombeau^. L'arche seule au lointain flotte, divin refuge; C'est l'Hiver, la terreur, la mort, c'est le Péjuge !

LA STATUE DU POUSSIN. tYft

Qu'un jour plus pur succède à ces nuits de dou'leur î Porte, blanche Colombe, un rameau d'espéraneeî L'Arc-en-ciel resplendit en sl^he d'alliance , La terre sort des eaux; le Nature est en fleur.

Venez , Nymphéa des bois , remplir votre corbeille 1 Venez , Faunes , ravir au printemps de retour, Ces trésors fugillfe de la saison verriieille *

Trop beaux pour durer plus d'un Jour; Des fleurs l des fleurs encore! enlaee« les guirîatideftF Flore vient sur un char brillant de vos Offrandes, Elle laisse après elle un parfum dans lés bois,' La rose sur ses pas s'ouvre et se renouvelle , Du rossignol caché la. chanson est plus belle : Tout aime, tout fleurit, tout renaît â fa fois.

N'est-ce pas le printemps de notre Normandie Qui t'a de cette page Inspiré la splendeur; Qui t'a fait voir encor, des champs de l'Arcadiè,

La luxuriante fraîcheur?

Et, dans le frais valldri qu'un ciel pur illumine,

La tombe où le berger s'incline,

Lisant sur la pierre en ruine :

— a Et moi je fus aussi pasteur ! »

Retour plein de pensée et de mélancolie,

Image de la mort au milieu de la vie 1

— « Vous aussi , » dit là tombe , c amants, jeufies époux,

Bergers , pour qui la vie est si pure et si douce ,

Un jour vous dormirez f comme lui, sous la mousse ,

Où , jeune et beau jadis, il dansai comme vous ! »

Que de rêves encore en ton cœur tu caresses ! Tableaux ingénieux , formes enchanteresses , Paysages baignés par un soleil divin ; C'est la claire fontaine où se mire Narcisse , La rive du Pénée où succombe Eurydice , Le cours de l'Eurotas et les bords du Jourdain.

En vain l'Envie atroce, en vain la Calomnie, Ont tenté d'eocharaer l'essor de ton génie, Il est grand , il est fort comme la Vérité , Comme la Vérité que tu peins si puissante Et que le Temps vengeur enlève triomphante Au séjour de l'Éternité. .

0 Poussin ! dans ces traits , sur ce bronze immobile , N'ai-je pas vu la vie apparaître un instant, Le crayon s'agiter dans cette main habile , Dans ces yeux resplendir un regard éclatant?

S'il est vrai , si , planant sur ta chère patrie , Tu jettes vers la terre un radieux coup d'œil, En voyant à tes pieds se presser la Neustrie , Ton cœur doit tressaillir d'un généreux orgueil.

Quand la Grèce à ses Dieux élevait des images, Le génie, avec eux, obtenait un autel.

Nous te déifions aussi par nos hommages , Et ton génie est Dieu , puisqu'il est immortel.

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