‹ Poésies (volume 2)Chapitre 157 sur 208 · A M. S. CAMARET · texte numérisé non relu

A M. S. CAMARET

C'était sur le rivage agreste Où s'élève un temple modeste A la vierge de Bon-Secours.

Là, sur la falaise massive, Une jeune fille plaintive S'asseyait depuis bien des jours.

Longtemps , dans sa douleur cruelle , Près de la rustique chapelle , Elle exhalait son deuil amer :

Et , malgré soi , dans sa souffrance , Elle jetait , sans espérance , Un regard du ciel à la mer :

— « Voici le même jour et voici la même heure; C'est d'ici qu'il partit, deux ans déjà passés. Sur cette même roche, où seule encor je pleure , Nous restâmes longtemps tous les deux embrassés.

— « Dans un an , disait-il , je serai riche et libre ; « Ceux qu'hier sépara , demain les réunit. « Prie , et songe , en priant , qu'ici-bas un cœur vibre , « Qui pense à toi toijjOufd et toujours t# bénit. »

a Entre mes mains alors déposant ce rosaire , Il s'éloigna. Je crus que j'allais en mourir; . Son vaisseau l'emporta sur le flot solitaire , Et je connus, hélas! ce que c'est que souffrir.

« Tout un an j'attendis. — Pendant une autre année, Je revins, chaque jeur , sur ce môme chemin ; . Mais la nuit emportait l'espoir de la journée , Et plus bas, chaque soir, Je mtirnturaia : -* « Demain ! »

« J'avais dit : — « Donnez-moi le courage suprême , a Seigneur ! et dans un au , je le jure â genoux , « S'il n'est pas revenu me dire ici : — « Je t'aime ! » a Ne pouvant être à lui , je me fiance â volts. »

« Voici le même jour et voici la même heure ; L'année expire encore , et, seule, dans ce Heu D'où je l'ai vu partir, comme autrefois je pleure : Il n'est pas revenu i me voulez- vous , mon bleu?

« Dès demain ,• j'entrerai dans iiri saint monastère;

Purifiez ce coeur qu'otf abreuva de fiel !

Ce bonheur qu'à ma vie a refusé la terre ,

En pleurant à vos pieds, je l'attendrai du Ciel ! »

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