‹ Poésies (volume 2)Chapitre 159 sur 208 · LE ROSAIRE · texte numérisé non relu

LE ROSAIRE

« Je vais prier ! si Dieu me dit d'être soumise Au serment que j'ai fait , alors je laisserai Ce rosaire à la place où je me serai mise ; Tu le conserveras , et je m'éloignerai.

a Tu ne me suivras point, de peur qu'en ses alarmes Mon cœur ne se révolte en te disant adieu, Et ce rosaire seul , tout trempé de mes larmes , Te sera le signal que j'appartiens à Dieu. »

Elle entra daus l'église , et lui , loin après elle ,

La regardait aller et se mettre à genoux;

Lorsque la mendiante , au coin de la chapelle ,

Lui dit : — « Secourez-moi , je prirai Dieu pour vous! »

— « Oui ! priez Dieu pour moi ; priez., vous qu'il écoute. Si des infortunés il est le père encor, Nos trois cœurs suppliants le fléchiront sans doute. » 11 dit et lui donna sa seule pièce d'or.

A genoux, bien longtemps la pauvre enfant exhale En prière, en sanglots, ses vœux et ses douleurs;

Mais lorsqu'elle eut fini de prier sur la dalle

Le rosaire restait tout baigné de ses pleurs.

Pâle , elle s'avançait les yeux baissés à terre , Fidèle à son serment, résignée à souffrir; Le jeune homme, debout dans la nef solitaire, Plus pâle qu'elle encor semblait près de mourir.

m poèmes ET poésies.

Ainsi , tous deu* pleuraient leur espérpnee éteinte , Et, comme le Sauveur montant fin Golgotbq v La jeune enfant, du temple allait franehjr i'ancejjjte, Lorsque la mendiante, aoGDUFant, l'arrêta»

Elle avait ramassé Je rpsajre qui brille,

De douleur et d'amour signal mystérieux,

Et, rejoignant enfin la triste jeune fille,

Lui disait : — « C'est à vous f ce joyau précieux ! »

Celle-ci refusait; mais d'une voix plus claire , Qui de l'enfant troublée augmenta la pâleur, La pauvresse insista : — « Gardez votre roâalrê! Le perdre ou l'oublier*, cela porte malheur! a

Et le jeune homme : — a Oh ! oui 1 c'est un arrêt suprême. Le pauvre ejt du Seigneur l'interprète ici-bas* Ce rosaire, c'est Dieu qui te Je rend lui-même \ Il voit ton sacrifice et ne l'accepte pas.

a Tu voulais t'immoler, mais lui, qui nous dirige, Sur nos fronts éprouvés ouvre un ciel éclaire) \ Il a par d'humbles mains accompli le prodige, Il t'a rendue è moi- *— Merci, mon ' Dieu 1 merci 1 »

LE COMTE ADIGK

A M. PAUL RIOHBR

La trompette des alafntës Sonne dâftê lotis tes chAleâu*.

Le comte Àdïck prend ses armes fit rassemble ses vassaui.

A Tappel de la patrie • Jamais magnat de Hongrie N'a tardé , même d'un jotlr.

Il met sa cotte de maille , Son bon cheval de bataillé Hennit au pied dé la tour.

A la fenêtre une dame Regarde toife ces apprêta, Et sourit , la mort dans l'âme , D'un soutire pur et frais :

C'est la jeune fiancée Qui concentre sa pensée

Sur le Comte , ses amours , Qu'elle voit , de sa fenêtre , Partir, pour longtemps peut-être , Et peut-être pour toujours.

Mais de gémir elle a honte , Car la Hongrie en danger Appelle le noble Comte, Pour combattre et la venger.

Aux brillants éclairs du sabre, Au destrier qui se cabre Elle rit avec effort ; Elle parle de victoire , De prochain retour , de gloire , Et rêve blessure et mort.

— a Je pars , ma blonde Gisèle ;

Mais je te rapporterai

Et mon cœur aussi fidèle ,

Et mon nom plus honoré.

Cet anneau de fiancée

Tient mon âme à toi fixée

D'un nœud qu'où ne peut briser ! »

Puis il prend sa main petite ,

Et sur la bague bénite

Il dépose un doux baiser.

Soudain la trompette sonne ; L'adieu se perd dans le bruit.

Sur le coursier qui frissonne

LE COMTE ADlCK. 389

Le Comte part : tout le suit.

Au soleil , dans la poussière , Flotte la rouge bannière Et luit mainte armure en feu ; Gisèle en pleurs suit leur trace , Et le dernier bruit qui passe Lui porte un dernier adieu.

Adick„ aux champs du carnage, Fait briller son noble cœur.

La gloire aime le courage ; Adick est partout vainqueur.

Cependant sa fiancée , D'un mal dévorant blessée, Voit de bien près le tombeau , Et le venin qui ravage Marque en sillons son passage Sur ce front hier si beau.

La beauté n'est rien pour elle ; Cependant à son miroir Elle court, pauvre Gisèle, Et frémit de s'y revoir !

Un deuil affreux la dévore ; Commeut plaira-t-elle encore A ce héros des combats , Qui déjà revient peut-être , Et , la voyant apparaître , Ne la reconnaîtra pas?

— <f Oh J je voudrait être moft* I Pourquoi voir encor le jour ,

Si le mal qui fuit m'emporte Mon bonheur et mon amour ¥ Tandis qu'à son apanage Adick joint* pair soi* courage»

La gloire d'un nom vanté , Je perds ma seule richesse , Mon seul titre à sa tendresse.

Ma coùrdnhê dé beauté"! *

Tandisf qu'elfe fond eh larinëS , Partout rêsotltie à là fois Le bruit des pas et des ârfflëS.

Du comte Adick c'est la v.dix :

— a Gû donc e£td , ma Gisèle?

Viens ï vietis ! ceîuj qui t'appelle* C'est tbn bien- ai ttiê; c'est moi! * Elle frémit de l'entendre.

Ce cri d'une voix si tendre Lui remplit le cœur ti'effroi.

— « Ne m'approche pas , dit-elte Dans son douloureux émoi.

Fuis ! j'ai cessé d'être belle.,

Je suis indigne de toi 1

Et ses deux mains , Avec crainte ,

D'une oonvulsive étreinte

Voilaient son front agité;

Mais lui : — « Viens à moi ! je t'àime !

LE COMTE ADICK. 391

Si ton amour est le même , Que m'importe ta beauté ! »

— « Non ! à mon âme éperdue Épargne ce désespoir ;.

Tù frémirais à ma vue !

— « Mes yeux fie peuvent plus voir!... » Elle regarde...., A la guerre,

D'une atteinte meurtrière , Le comte a perdu tes yeux.

— « Adick , ô toi que j'adore , • Tu peux donc m'aimer encore!

Soyez bénis, justes cièuxj »

Partout la jeûné comtesse Conduit l'aveugle adoré, Et si d'une gaze épaisse Elle a le front entouré »

Ce n'est pas qu'elle regrette.

Sa forme autrefois parfaite; ' Elle craint , d'un cœur jaloun * Que sur sa beauté perdue , Quelque parole entendue N'attriste son noble épôu*.

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