‹ Poésies (volume 2)Chapitre 16 sur 208 · PRIONS · texte numérisé non relu

PRIONS

Dans une vieille église, aux approches du soir, Quand la foule a cessé d'inonder les portiques, Lorsque déjà se mêle une teinte de noir Aux reflets éclatants des verrières gothiques , Quand , tremblant d'éveiller les échos endormis , Dans la nef assombrie on marche sans secousse ; Quand , seul , près d'un pilier à genoux on s'est mis , Ma Mère , n'est-ce pas que la prière est douce ?

C'est au déclin du jour que j'aime le saint lieu ;

Nul importun ne vient y troubler la prière ,

Et sans crainte l'on peut, seul à seul avec Dieu ,

Dévoiler en pleurant son âme tout entière.

Les larmes qui du cœur adoucissent le fiel ,

Les soupirs douloureux que dans l'ombre l'on pousse ,

Comme le pur encens s'élancent vers le ciel.

Ma Mère , n'est-ce pas que la prière est douce?

Prions, Mère , prions pour ceux qui ne sont plus , Pour ceux plutôt qui sont dans ce lieu de misère ; Car il est du bonheur au ciel pour les élus , Et toujours le soleil est pâle sur la terre. Prions , Mère , prions ; car tous ont leurs douleurs ; Sur les plus durs roctiers est là plus belle mousse ; L'aspic aime à cacher sa tête sous les fleurs. Ma Mère , n'est-ce pas que la prière est douce?

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