PRIONS
Dans une vieille église, aux approches du soir, Quand la foule a cessé d'inonder les portiques, Lorsque déjà se mêle une teinte de noir Aux reflets éclatants des verrières gothiques , Quand , tremblant d'éveiller les échos endormis , Dans la nef assombrie on marche sans secousse ; Quand , seul , près d'un pilier à genoux on s'est mis , Ma Mère , n'est-ce pas que la prière est douce ?
C'est au déclin du jour que j'aime le saint lieu ;
Nul importun ne vient y troubler la prière ,
Et sans crainte l'on peut, seul à seul avec Dieu ,
Dévoiler en pleurant son âme tout entière.
Les larmes qui du cœur adoucissent le fiel ,
Les soupirs douloureux que dans l'ombre l'on pousse ,
Comme le pur encens s'élancent vers le ciel.
Ma Mère , n'est-ce pas que la prière est douce?
Prions, Mère , prions pour ceux qui ne sont plus , Pour ceux plutôt qui sont dans ce lieu de misère ; Car il est du bonheur au ciel pour les élus , Et toujours le soleil est pâle sur la terre. Prions , Mère , prions ; car tous ont leurs douleurs ; Sur les plus durs roctiers est là plus belle mousse ; L'aspic aime à cacher sa tête sous les fleurs. Ma Mère , n'est-ce pas que la prière est douce?