‹ Poésies (volume 2)Chapitre 17 sur 208 · DESTINEE · texte numérisé non relu

DESTINEE

Tel qui fut respecté par toutes les mitrailles , Qui dormit soixante atfs sur l'affût d'un canon , Expire dans la paix loin du bruit des batailles , Ne laissant après lui qu'une épée et qu'un nom.

Telle autre, jeune fille et vierge entre les vierges, S'endort à son matin près d'une mère en deuil , Sans avoir resplendi plus longtemps que les cierges Par de pieuses mains brûlés sur son cercueil.

Tel autre encor, vieux prêtre ignoré de la terre , Du pauvre et du souffrant partagea le lien ; Il meurt ! et sur sa tombe une croix solitaire Dit à peine au passant : Il fut homme de bien !

C'est ainsi que la mort nous prend l'un après l'autre; Toujours inattendue , elle frappe à son tour Le vieillard ou l'enfant , le profane ou l'apôtre , Et fuit sans annoncer l'heure de son retour.

Mais sitôt qu'a sonné l'instant irrévocable ,

Ce monde est comme un pré que Dieu livre à ses mains ;

Et sur nous étendant sa faux impitoyable,

Comme des tiges d'herbe elle abat les humains.

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