‹ Poésies (volume 2)Chapitre 162 sur 208 · LE SOUVENIR · texte numérisé non relu

LE SOUVENIR

Pour soulager dans leur souffrance Ceux qui pleuraient sans avenir, Dieu fit un frère à l'Espérance , Et le nomma le Souvenir :

Le Souvenir, ange fidèle , Qui pleure sur les trépassés , .

Et qui réchauffe sous son aile Les cœurs mortellement blessés.

Nulle douleur ne lui résiste , Quand son œil tendre et langoureux Montre à notre âme qui s'attriste L'ombre d'un passé plus heureux.

Le Souvenir a quelque charme , Même lorsque du gouffre amer On ne rapporte qu'une larme, Comme une perle de la mer.

Mais le Souvenir, quand on aime , C'est écouter de douces voix , C'est faire vivre la mort même , C'est naître une seconde fois.

Il semble qu'une clarté pure Luit sur notre front abattu , Quand l'ange consolant murmure Ce doux mot : — Te rappelles -tu?

Te rappelles -tu notre joie- Quand , sur les bords irréguliers Où la Creuse indolente ondoie , Nous rêvions sous les peupliers?

Te rappelles- tu la nacelle

Où tous , en chantant nous glissions ,

Oubliant, hélas l' qu'avec elle

Le temps fuyait et nous passions?

Te rappelles -tu notre ivresse, En ces jours par le ciel bénis?

Te rappelles -tu la tendresse Qui nous a pour jamais unis?

Je pars et j'emporte ces choses Pour me consoler en chemin , Comme on garde un bouquet de roses Qui s'est fané dans une main.

LE SOUVENIR. 4Qt

De ce passé , fleur idéale Qu'en moi-même j'enfermerai , Je respirerai le pétale Précieux et décoloré.

Là -bas, dans ma triste demeure

Où le temps semble se traîner,

Ces beaux jours enfuis comme une heure ,

Viendront souvent m'illuminer.

De ses mains tendres et timides Le Souvenir, ange pieux , Touchant mes paupières humides , Essuîra les pleurs de mes yeux. .

Il viendra , quand la nuit m'enlève Au souci toujours renaissant, A travers le prisme du rêve Me peindre ton sourire absent;

Plus rapide qu'un trait de flamme De l'un à l'autre il volera ; D'une même voix , dans, ton âme Et dans la mienne, il parlera.

Plus tard , si je reviens encore Dans ces lieux féconds en beaux jours , L'ange au consolant météore Sur nous resplendira toujours,

Et confondant nos cœurs fidèles Dans d'ineffables entretiens , Quand je dirai : — Tu te rappelles?

Tu répondras : — Je me souviens 1

Saint-Gaultier, 22 septembre 1854.

IARME ET PERLE

— Où vas -tu, perle brillante Qui sors du fond de la mer?

— Où vas- tu, larme brûlante, De la douleur fruit amer?

— Moi, d'une couronne altière Je vais orner le milieu.

— Moi , je porte la prière

Et le deuil d'une âme à Dieu !

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