‹ Poésies (volume 2)Chapitre 165 sur 208 · L'ARBRE MORT · texte numérisé non relu

L'ARBRE MORT

Il a de l'herbe au pied, de la verdure au front; L'abeille y vient pomper ses odorants mélanges ; L'hirondelle, en passant, se suspend au vieux tronc, Et sous récorce creuse est un nid de mésanges.

Il faudrait donc flétrir toute cette gaîté, Chasser ce qui verdit et voltige et fourmille ; Faire mourir deux fois l'arbre, ressuscité Par la fleur qui parfume et l'oiseau qui babille?

Si ce n'est par respect pour ce triste débris, S'il ne fait plus pitié , lui qui faisait envie ; Que ce soit par égard pour ses hôtes chéris : Pardonnons à la mort en faveur de la vie.

Ne ressemblons -nous pas, vivants insoucieux, '

A ce linceul fleuri jeté sur un cadavre ? Nous aussi nous portons, sous des masques joyeux, Au plus profond du cœur quelque trait qui nous navre.

Nous enivrons nos maux d'espérance et d'amour; Oubliant Dieu qui veille au fond du sanctuaire , Nous dormons , le temps fuit , et la mort chaque jour Fait du lit un cercueil et du voile un suaire 1

La vie est le manteau qui couvre le trépas; Sur l'éternelle nuit c'est un rayon qui passe ; La tombe est sous les fleurs ; ah! ne déchirons pas Ce vêtement léger qui pare sa surface.

Épargnons l'arbre mort , emblème amer et doux ; Laissons , chaque printemps , la clémente nature Sur ses rameaux étendre , avec un soin jaloux , Son velours plus épais de fleurs et de verdure.

L'Étang, 23 septembre 185»

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