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Le connaissez -vous ce tableau, Plein d'un charme rêveur dont mon âme est ravie : Par un beau soir un homme assis au bord de l'eau ,
Voit fuir LA BARQUE DE LA VIE?
C'est un homme au front déjà vieux , Vieux par les passions plus que par les années , Chargé du poids qui rend les cœurs plus soucieux
Et les têtes plus inclinées.
Sur Tonde , liquide saphir, L'esquif que suit à peine un sillage de moire , Glisse au lointain. Sa voile est de pourpre d'Ophir,
Et son gouvernail est d'ivoire.
Au son d'accords délicieux , Chargé de beaux amants, de belles jeunes femmes, ( Des fleurs ornent leurs fronts; la flamme est dans leurs yeux,
Le fiévreux bonheur dans leurs âmes) ,
11 emporte au courant des flots L'espoir, l'enivrement, l'allégresse volage, Les jours tant prodigués qu'on pleure à longs sanglots ,
Et tout le printemps du bel âge.
On croit sentir, on sent l'amour, Qui répand son délire en effluves fécondes, Dans l'horizon baigné par un reste de jour,
Dans l'azur des cieux et des ondes.
Au sommet irisé du ciel, L'étoile de Vénus , paresseuse et brillante , Semble de ses clartés blondes comme un doux miel ,
Baiser la nacelle indolente.
Telle, sur les mers d'Orient, Flotta jadis la nef qui portait Cléopàtre : Ainsi le frêle esquif, fantôme souriant,
Se perd à l'horizon bleuâtre.
Il descend au courant fatal ; Un instant et tout passe... 1 Adieu , jeunes et belles! Adieu, plaisirs, amours 1 Adieu, frais idéal!
Adieu , vous tous , chers infidèles !
Et le vieillard regarde avec un long remord ;
Il regarde ! A ses pieds tout est noir, tout est mort ;
Le rivage est désert, les roses sont flétries.
Plus d'insecte dans l'herbe ou d'oiseau dans les bois ;