‹ Poésies (volume 2)Chapitre 183 sur 208 · MYSTERES · texte numérisé non relu

MYSTERES

Il est des fleurs qui n'ouvrent leurs calices Qu'à l'heure où l'ombre enveloppe les cieux; Il est des cœurs qui mettent leurs délices À pleurer seuls un deuil mystérieux.

Mais, en passant près de ces fleurs nocturnes , Lorsque sur nous la nuit est de retour, J'aime à sentir s'élever de leurs urnes Ces parfums purs , plus doux que ceux du jour.

Près de ces cœurs mon âme est avertie ; Je compatis à leurs soupirs perdus ; J'aime à sentir la tendre sympathie Mouiller mes yeux de pleurs inattendus.

Vers vous, ô fleurs, rivales des étoiles! Avec amour je dirige mes pas; Vers vous, ô cœurs enveloppés de voiles! Mon cœur s'élance en murmurant tout bas :

« C'est vainement qu'au milieu des nuits sombres D'un voile épais vous cachez votre émoi , Je saurai bien vous trouver dans vos ombres Pour vous aimer et vous dire : Aimez - moi 1

« Discrètes fleurs qui n'ouvrez vos calices • Qu'à l'heure où l'ombre enveloppe les cieux ; Timides cœurs, qui mettez vos délices A pleurer seuls un deuil mystérieux ! »

LE SPECTRE DU FliLNCE

Quand tu danses, rieuse, et brillante, et parée

Ne vois -tu pas De ton fiancé mort la figure effarée

Qui suit tes pas?

Dans un gai tourbillon quand la valse t'emporte,

Parmi les fleurs , Ne vois -tu pas tourner la tête pâle et morte

Du spectre en pleurs?

Tu l'avais oublié; mais quelqu'un par mégarde,

L'ayant nommé, Tu crois l'apercevoir, là - bas , qui te regarde

Inanimé 1

Un voile est sur ta vue, et les lustres pâlissent.

Leurs feux tremblants

Montrent le bal peuplé de fantômes, qui glissent

Muets et blancs.

L'orchestre ne murmure à ton oreille étreinte

Qu'un chant de deuil ; Les rires des danseurs te semblent une plainte

Sur un cercueil.

L'effroi serre ta gorge, et le frisson agite

Ton corps joyeux, Et des pleurs ont monté, de ton cœur qui palpite,

Jusqu'à tes yeux.

Danse,, jeune fille, danse;

Il est mort depuis six mois ;

Ce n'est pas aux morts qu'on pense ;

Ce n'est pas aux cercueils froids!

L'oubli sied bien aux fronts roses.

Te souviendras- tu demain De ces fleurs à l'aube écloses Pour se faner dans ta main?

Elles n'auraient pas peut-être, Pour parer ton front si beau , Eu le temps qu'il faut pour naître Sur l'herbe de son tombeau.

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