LE .SPECTRE DU FIANCÉ
Danse, danse! mais redoute, Une nuit, après le bal , A l'heure sombre où Ton doute , De voir le spectre fatal.
Sa voix morte, pour la danse , Comme autrefois te prira ; Son bras osseux, en cadence , A ton corps s'enlacera.
Ta joue ardente de fièvre , Tes cheveux blonds et soveux Toucheront ses dents sans lèvre Et ses orbites sans yeux.
Toi , frissonnant sous tes voiles , Tu suivras ses pas pressés , A la lueur des étoiles Dans le champ des trépassés.
Le vent nocturne , qui pleure Comme la Voix du remords , Dans les cyprès qu'il effleure Dira de tristes accords.
Et tous deux , par les ténèbres , A travers mille détours , Entre les dalles funèbres , Vous irez valsant toujours.
Enfin tu faibliras par le spectre enlacée...
Tes pleurs amers t'éveilleront , Pâle, sentant toujours son étreinte glacée
Et son baiser froid sur ton front.
Chassé par les plaisirs que ramène l'aurore
Il fuira le rêve insensé ; Mais, la nuit, tu craindras de voir paraître encore
Le fantôme du fiancé.