‹ Poésies (volume 2)Chapitre 199 sur 208 · NUIT D'AUTOMNE · texte numérisé non relu

NUIT D'AUTOMNE

L'arbre se plaint -il à l'onde De ce souffle continu, .Qui lui prend sa feuille blonde Et le va laisser tout nu?

L'onde se plaint -elle aux arbres De ce que l'hiver fatal Va changer en blocs de marbres Ses paillettes de cristal?

0 rêveur, qui les écoutes, Toi , dont le cœur effaré Se déchire à tous les doutes, Comme un chasseur égaré ,

Il est une voix intime Aux soupirs plus douloureux :

Ton cœur, ce profond abîme , Gémit plus tristement qu'eux.

Si le vent à l'arbre enlève Sa parure de l'été ; Vois ton bonheur rêve à rêve , Par l'aquilon emporté.

Si l'eau se plaint au rivage Des froids qui la gèleront, Songe à cet hiver de l'âge Qui va te glacer le front.

Le feuillage doit renaître Au printemps plus radieux ; Le flot que l'hiver pénètre S'élancera plus joyeux;

Mais cet hiver, triste et morne , Qui saisit ton corps perclus , Est sans limite et sans borne :

L'été ne reviendra plus !

Sans qu'un autre espoir t'accueille, Sans refleurir de nouveau , Tu tombes comme la feuille, Tu t'écoules comme l'eau.

0 rêveur! songe à toi-même, Passager dans ces lieux bas ; Songe au sinistre problème , À l'énigme du trépas.

Nul de ceux qui sont sous terre Ne Ta dit à son linceul; Vie ou mort, c'est le mystère Que Dieu garde pour lui seul.

LONGEFONT

À travers le rideau des peupliers mobiles , Sur ces murs en terrasse et de lierre couverts , Voyez-vous la maison au toit de sombres tuiles , Blanche au milieu des arbres verts?

Au murmure de l'eau qui bout sur les écluses , Au longs soupirs des bois agités par le vent, On croirait voir errer les ombres des recluses Sur les débris du vieux couvent.

C'est Longefont ! C'est là , dans ce val solitaire Que priant et rêvant loin du monde réel , Les nonnes savouraient dans l'oubli de la terre , L'avant-goût de la paix du ciel.

0 désir de ma vie 1 ô rêve insaisissable , Que je poursuis sans cesse et qui me fuis toujours, Rapide comme un flot , mobile comme un sable, Espoir et tourment de mes jours,

Céleste j>aix! jadis chez ces vierges pieuses Dans ces murs où planait un sévère bonheur

Tu vivais, animant leurs voix harmonieuses À chanter le nom du Seigneur 1

Les hymnes ont cessé ; les nonnes désolées Ont fui ces murs sacrés, pour n'y revenir plus ; Et la cloche du cloître , aux échos des vallées , Ne sait plus tinter l'Angélus.

Mais toi, divine paix , tu demeures encore Mystérieux esprit , dans ce val délaissé Où la Creuse caresse, indolente et sonore , Les doux fantômes du passé.

Dans les rameaux tremblants des saules et des aunes, Tu te berces au vent comme un sylphe qui dort , Quand le soleil penchant darde ses rayons jaunes Où danse un flot d'insectes d'or.

Tu t'accoudes , pensive, au bord de la fontaine; Je vois se dessiner ton reflet nébuleux, Dans cette urne de pierre où l'œil mesure à peine Le profond cristal des flots bleus.

0 vallon solitaire 1 ô riantes collines ! Rivage où l'onde suit un cours délicieux ! Toi, berceau verdoyant, qui sur les eaux t'inclines! Calme de la terre et des cieux !

Mystérieux accords qui formez le silence , Mon cœur charmé par vous oublîra ses douleurs. Oh! laissez -moi cacher ici mon existence, Entre les oiseaux et les fleurs!

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