A MA MÈRE
Pourquoi suis-je triste , ô ma Mère , Triste lorsque tu m'ai mes tant?
C'est que la vie est bien amère ; C'est que je veux vivre pourtant.
Pourquoi Dieu, qui pèse en silence Nos jours, mystérieux fardeaux, A-t-il jeté dans la balance Si peu de biens et tant de maux ?
Dans ce corps, fils de la poussière, Que le temps dispute à la mort , Pourquoi retient-il prisonnière L'âme courbée avec effort?
Quand , à la captive immortelle , La joie ici-bas fait défaut,
Demandant sans cesse au pilote :
« Maître , où donc nous conduisez- vous? »
Malgré nos pleurs , malgré Forage , Gardant son secret éternel , Impassible il suit son voyage , Dans un silence solennel.
Mais , sur la poupe , l'Espérance Debout, souriant au travail , Nous dit : « La crainte est une offense , C'est Dieu qui tient le gouvernail ! »