A LA NORMANDIE
0 terre ! ô souvenir de mon âme ravie ,
Toi qu'en mes songes j'entrevois !
Terre , où mon œil , enfant , aux splendeurs de la vie S'ouvrit pour la première fois !
Terre , où je m'éveillai de mon sommeil sans rêve ,
Sur les rivages du néant, Ainsi qu'un naufragé sur la lointaine grève
Où l'a déposé l'Océan.
Terre, où souvent bercé d'une douce chimère ,
Bercé sur le sein maternel , Je crus, dans le sourire et les yeux de ma mère,
Voir un rayon de l'Éternel !
Terre , où mon cœur goûta le miel de la tendresse
Et l'amertume des douleurs , Dont l'écho répéta mes premiers chants d'ivresse,
Dont le sol but mes premiers pleurs I
0 patrie ! eu allant jusqu'où va la poussière
De notre frêle humanité , En allant aussi loin que s'étend la frontière
Des jours et de l'immensité,
0 patrie ! où jamais trouver une contrée ,
Un Éden aussi doux que toi , Un ciel pur, dont l'aspect à mon âme enivrée
Donne autant d'espoir et de foi?
Nulle part il n'existe , au penchant des collines , Plus d'ombre et d'herbe pour s'asseoir,
Plus de bois verdoyants, plus de fleurs sans épines, Plus de parfums dans l'air du soir.
Que pour d'autres climats l'hiver ait moins de glace Et moins de brume dans les cieux ;
Que leur soleil d'été rayonnant dans l'espace , Ignore les jours pluvieux !
A toi le vert printemps, ma chère Normandie;
A toi ses brillantes couleurs, L'émail de ses gazons et sa brise attiédie;
A toi les pommiers tout en fleurs !
Laisse le vent d'été semer sur la pelouse
Ta fraîche parure d'un jour, Pareille au bouquet blanc qui, du front de l'épouse,
Tombe au premier baiser d'amour;