A MADEMOISELLE ADÈLE H
Les couples villageois s'en allaient à la danse ; C'était par un beau soir d'un dimanche de mai. De l'archet éloigné la joyeuse cadence Réveillait les échos dans le bois embaumé.
Vesper brillait aux cieux. Sous une verte allée Cheminaient trois enfants , un frère et ses deux sœurs. L'aînée avait douze ans , elle allait , désolée , Guidant les deux petits , et leur cachant ses pleurs.
— « Sœur , où nous mènes-tu? disait le jeune frère ; Nous suivons tous les deux ta main qui nous conduit ; Mais nous marchons déjà depuis une heure entière. J'ai bien peur dans les bois ; et voilà qu'il fait nuit. »
Or la plus grande sçpur : — « Allons, courage encore ! Le bon Dieu , mes chéris , ne nous oublîra pas. Nous allons le prier ; il aime qu'on l'adore. » Et les pauvres enfants pressaient leurs faibles pas.
Puis la plus jeune : — «Enfin, maman reviendra-t-elle? Elle avait , disait-on , cessé de tant souffrir. Est-ce bien loin d'ici que le bon Dieu rappelle? Et sais-tu ce que c'est, ma sœur, que de mourir? »
En écoutant ces mots, la pauvre sœur aînée
Se cachait le visage avec son tablier,
Puis reprenait sa route un peu plus résignée ,
N'espérant plus qu'en Dieu qu'ils s'en allaient prier.
Car leur mère en effet de la veille était morte ; On l'avait le matin déposée au cercueil , Et de leur toit précaire on leur fermait la porté , Avant que l'eau bénite eût séché sur le seuil.
Depuis lors ils erraient sans appui sur la terre , Nu-pieds, vêtus à peine , et les larmes aux yeux. Le sentier les, mena devant le presbytère ; Mais tout dans cet asile était silencieux.
Le feuillage éclairci de la charmille verte Montrait le jardin vide et les volets fermés : Cette porte , au malheur incessamment ouverte , Était close aujourd'hui pour ses hôtes aimés.