‹ Poésies (volume 2)Chapitre 54 sur 208 · LE CAP NORD · texte numérisé non relu

LE CAP NORD

Ubi défait orbis.

0 voyageur! pourquoi le hâter dans ta route? Pourquoi toujours errer de l'espérance au doute ,

Et du rêve au néant ?

Pour aboutir au point où , debout sur la plage , Tu n'apercevras plus que la mer sans rivage

Et le gouffre béant !

0 voyageur ! tes pas ont franchi la Norvège ;

Le cap Nord s'est dressé devant toi , sous la neige ,

Battu des flots amers.

Qu'as-tu vu? des rocs noirs , masses stratifiées , Gigantesque chaos, flammes pétrifiées

Qui s'élancent des mers.

Aucun être vivant n'ose habiter ces crêtes; Sur le cap désolé rugissent les tempêtes,

Les vents sont déchaînés.

Tantôt un brouillard sombre enveloppe les cimes ,

Tantôt se déchirant, il montre des abîmes Et des rocs décharnés.

Au désert africain ceux que la soif dévore , Sous le soleil ardent gardent l'espoir encore ,

Même au sein des douleurs ; Car l'hospitalité des tribus musulmanes , Promet le ruisseau pur et l'ombre aux caravanes ,

Dans l'oasis en fleurs.

Ici , pas un rayon qui dans le cœur s'allume , Ici , rien que les rocs , les ouragans , la brume,

L'obscurité du Nord ; Ce que serait enfin , si Dieu brisait la terre , Le cadavre d'un monde à jamais solitaire ,

Inhabitable et mort.

Ici , le désespoir assombrit la pensée ;

C'est un manteau de plomb qui tient l'âme glacée ;

Qui l'accable et l'étreint.

Tout ajoute aux horreurs de cet ennui sans borne , Jusqu'à ce lac qui dort là-bas, livide et morne,

Dans un cratère éteint.

Mais comme il faut que Dieu ne soit pas implacable , Qu'il plaigne à leur insu ceux même qu'il accable

De toutes ses rigueurs, Qu'il mêle un peu d'espoir aux horreurs du martyre, Et répande en secret l'aumône d'un sourire

Dans les plus tristes cœurs ,

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