CURÉ CE SA1NT-ÉTIENNE-DU-MONT
Une Association charitable , a été récemment instituée sons le titre d'œuvRE des Familles. — Dix familles , se réunissant pour en adopter une , forment ce qu'on appelle une Fraternité. Un Président , ou une Présidente se charge de la recette et de la distribution des secours. Chaque associé apporte une cotisation de dix centimes , par semaine, et peut donner, en outre , selon ses facultés, soit un supplément de cotisation, soit des subrentions en aliments , hardes , ustensiles , etc., et, surtout du travail. — Dès que la famille secourue peut se suffire, elle cesse d'obtenir des secours ; elle peut même faire partie de l'Association fraternelle et répandre sur de plus pauvres, Je bien qu'elle a reçu.
La bise de décembre au soir s'était accrue ;
Une femme en haillons grelottait dans la rue ,
Le désespoir au cceur , le visage incliné ,
Et sur son sein tari pleurait un nouveau-né.
Deux anges blonds , deux sœurs , à ses genoux placées ,
Tendaient longtemps leurs mains petites et glacées,
Mais les passants étaient pauvres et peu nombreux ,
Car l'aumône tombait bien rare aux malheureux.
Revenant du travail , une jeune ouvrière
S'approchait ; elle entend la touchante prière ,
Elle s'arrête et prend , non sans s'apitoyer ,
Dans sa modeste bourse uri modeste denier.
C'était bien peu de chose , et pourtant l'or d'un ttône
N'aurait pas égalé, dévêtit Dieu , cette flumôhé.
La généreuse enfefnt donnait , non pas l'ëspOir
D'un hochet superflu , mais de soii paih du soir^
Ce paih quotidien que l'indigent espère
Et demande au Seigneur en disant : Notre Père!
Elle ajoutait un mot bien timide et bien doux ,
Quand soudain les deux sœurs , embrassant se* geifoD* ,
Lui prodiguent des noms d'enfantine tendresse.
Elle était reconnue , et , dans cette détresse ,
Retrouvait une amie : — - « Hélas ! toi , dans ce deuil!
Toi , réduite à chercher ton pain de seuil an seuil?
Ton mari cependant gagnait un bon salaire j
Le ciel vous protégeait. » — » «Le sort nous est contraire.
Mon mari fut porté mourant à l'hôpital,
Deux mois déjà passés. Depuis oe temps fatal
Un fils, dont j'avais trop désiré la naissance,
Vint au monde. 11 fallait, seule , sans espérance ,
Nourrir ces innocents qui t'ont tendu la raaiu t
Le travail me manquait; j'ai tout vendu. Demain
Notre pauvre logeur, dont la pitié se lasse,
Nous reprend notre asile ; on nous fuit , on nous chasse.
Tu vois bien qu'il n'est plus de Dieu pour l'indigent,
Et que la mort. . . » — « Tais-toi ! j'ai quelque peu d'argent ;
Ne blasphème pas , prie , et tu verras encore
Que le Seigneur est bon pour celui qui 1* implore. »
Dès le soir les enfants eurent assez de pain
Pour s'endormir joyeux ; car ils n'avaient plus faim.
Le lendemain la mère obtenait de l'ouvrage; Son amie était là qui lui disait : — « Courage! »
— « Merci ! » répondait-elle, et, ses pleurs l'étouffant, Elle embrassait les mains de cette noble enfant ,
Qui de pourvoir à tout se faisait une étude ; Enfin elle ajoutait avec sollicitude : .
— « Tu n'es pas riche , toi qui nous secours ainsi ; Tu te prives pour nous. » — « Ne prends aucun souci. J'ai de riches amis qui m'ont faite opulente. Comme toi j'ai connu cette douleur brûlante
De voir de chers enfants , au teint jadis vermeil ,
Livides, affamés, pleurer jusqu'au sommeil
Et puis se réveiller , dès la première aurore ,
Sans obtenir le pain qu'ils réclamaient encore.
J'ai vu ma vieille mère et mes frères chéris ,
Sous la tuile des toits frissonner amaigris ;
J'ai su, n'ayant plus rien , sans espoir, sans ressource ,
Combien de pleurs il faut pour en tarir la source.
Tout ce qu'on peut souffrir , je l'ai souffert.... Un soir,
Sur notre paille humide un ange vint s'asseoir,
Une femme , et chez nous l'espoir allait renaître.
Par l'inspiration du noble cœur d'un prêtre ,
Dix ménages, les uns aisés , les autres moins,
Mais tous riches d'amour , réunissaient leurs soins
Sur des déshérités de la famille humaine.
Chacun ne fournissait que deux sous par semaine;
Humble aumône , et pourtant l'active charité
Sut en faire un trésor pour notre pauvreté.
Ce sont des gouttes d'eau qui font la mer si grande!
Chacun des bienfaiteurs ajoutait à l'offrande ,
Quelque travail , un pain , un lange à l'enfant nu :
Le conseil du plus pauvre était le bienvenu.
Fraternelle union , dont l'active puissance
Dans notre obscur asile a ramené l'aisance !
Que te dirai-je , enfin? Quand je t'ai vue hier ,
A l'abri du besoin , je marchais le cœur fier ;
Nous pouvions nous suffire, et , dans notre mansarde , I
Ce n'est plus désormais que Dieu seul qui nous garde. '
Nos sauveurs , nos amis cherchaient , comme un trésor , ;
Une honnête famille à relever encor : !
C'est à toi , c'est aux Mens que les mains vont se tendre ;
Le bien que j'ai reçu , je vais aussi le rendre ;
J'ai ma place au conseil ; je m'asseois à côté
De ceux qui m'ont sauvée, et la fraternité
Peut verser , par mes mains , une aumône abondante ,
Car la pauvre ouvrière en est la présidente* »
Aujourd'hui vous pouvez entendre un chant joyeux Qui , d'en haut descendu , semble venir des cieux. C'est la voix des enfants de cette pauvre femme , Qui répandent à flots la gaîté de leur âme. Leur mère a du travail , leur père est rétabli ; Son marteau matinal ébranle l'établi.
Le soir, s'il prend un livre auquel il est docile, C'est le livre divin , c'est le saint Evangile , Et soumis à celui qui nous dit : Aimez-vous ! H vient chaque semaine apporter ses deux sous.
Salut , obole salutaire , Denier du pauvre , saint trésor,
Toi que Dieu compte avec mystère * Cuivre plus précieux que. For 1
Anneau de l'éternelle chaîné Qui rend solidaires entré ëdx , Dans la grande famille humaine , L'opulent et le malheureux !
Salut, manne consolatrice, Qui par un bienfait mutuel , Peux seule adoucir le supplice Des fils déshérités du ciel !
Salut, encens, baume, dicteme, Qu'aux htmiaitts un tiiéti de botitë Laissa i)ôar dnir ïâme â Famé, Salut ft toi, Fraternité!
Sur terre enfin tu viens renaître , Non comme un mot fallàcieu* , 0 vertu i dont le divin Maître A fait un ange dans les cieux !
Par toi , ces trésors de l'aumône , Que l'homme cache et que Dieu voit , Rendront meilleur celui qui donne , Plus heureux celui qui reçoit,
Et les martyrs de la souffrance , Secourus par un saint amour, Accepteront, dans l'espérance De pouvoir donner à leur tour.
Avril 1849.
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