LES PETITES SŒURS DES PAUVRES
Les esclaves jetaient à la faim de Lazare , Lorsque le maître était repu.
Mais plus active encor que la mouche ouvrière , Elle n'attendra pas la tiédeur printanière
Pour se mettre en chemin ; Elle ira par la pluie , elle ira par la neige , Afin que ces vieillards qu'elle abrite et protège
Aient de quoi vivre encor demain.
Que la sainte pitié dans votre cœur s'éveille : La fleur ne ferme point sa corolle à l'abeille ;
Ne repoussez donc pas Celle qui vient le soir, faible et pauvre elle-même , Tout bas solliciter, pour l'indigent qu'elle aime ,
Les miettes de votre repas.
0 si vous connaissiez comme il faut peu de chose Pour produire beaucoup de bien !
De grossiers éléments un doux miel se compose : Bien peu suffit à qui n'a rien.
Écoutez ce qu'ont fait trois simples ouvrières ,
Sans avoir, dans leur pauvreté , D'autre appui que le Dieu qu'invoquaient leurs prières ,
D'autre espoir que la charité.
C'était à Saint -Servan, aux côtes de Bretagne, Sur un sol battu par les flots ,
174 MVRE TROISIÈME.
Ces flots où l'existence avec labeur se gagpe , Où périssent les matelQts.
Là, bien des vieux marins, mutilés par Forage, N?existent plus oue pour souflrjr ;
Bien des femmes surtout , veuves par un naufrage , N'ont plus de pain et vont mourir.
Tant de misère émut Marie et Virginie, Deux jeunes filles de seize ans ,
Fortes de cette foi , de ce divin génie
Que Dieu donne aux cœurs innocents.
Leur consejl ici -bas fut un pieux vicaire ,
Un cloarec de Saint-Servan ; Leur aide , une voisine , âme simple et sincère ,
Que Ton nommait Jeanne Jugan.
Jeanne gagnait par jour, à filer de la laine , Un peu de pain et rien de plus.
Elle accueillit pourtant, sans mesurer sa peine , Une femme aux membres perclus.
Un vieillard étant mort, sa veuve octogénaire Restait aveugle et sans secours :
Ce fut de Jeanne encor la chambre hospitalière Qui s'ouvrit à ses derniers jours.
Virginie et M^rie, en prolongeant leurs veilles, En souffrant la faim et le frojd ,