SOYEZ MA SOEUR
Je l'aime de l'amour dévoué qu'on ressent Pour son enfant ou pour sa mère ;
Et l'apparition que je vais caressant
N'est plus peut-être une chimère.
Cette sœur tant cherchée, Amélie, est-ce vous?
Vivant près de vous je m'enivre De je ne sais quel charme inexprimable et doux ,
Et je me sens heureux de vivre.
Vous faites toujours bien. Vos moindres mouvements
Ont une grâce qui me touche ; Les mots tristes ou gais, me semblent plus charmants
S'ils ont passé par votre bouche.
Le chant que vous aimez emprunte à votre voix Un attrait que n'ont pas les autres,
Et le clavier d'ivoire a , sous les autres doigts , Un son moins pur que sous les vôtres.
Mais ce que j'aime en vous , ce n'est pas la beauté
De ce visage qu'on adore; Car je vois à travers resplendir la clarté
De votre âme plus belle encore.
D'une longue paupière aux cils de velours noir,
Votre prunelle est enchâssée ; Qu'importe ! Je ne cherche en ce vivant miroir
Qu'un reflet de votre pensée
198 POÈMES ET POÉSÎES.
Votre lèvre s'entr'ouvre et fait briller vos dents ,
Ces perles de vôtre sourire...
Moi , je prête l'oreille à ces roots abondants
Où votre cœur parle et respiré.
Oh ! vous pourrez vieillir ! Pour les indifférente , Vous pourrez n'être plus la même ;
Les jours p'engloutiront , dans leurs flots dévorants, Aucun débris de ce que j'aime.
Car je l'aurai connu ce nom charmant de sœur ;
Car une voix suave et chère , D'un accent féminin , parlant avec douceur,
M'aura donné le nom de frère.
LES