LÉGENDE
Vous qui priez , cœurs pleins de foi , Chrétiens, ayez pitié de moi.
En traversant le cimetière ,
Quand sur les champs s'étend la nuit ,
Si vous voyez une lumière
Sur les tombeaux voler sans bruit ,
Priez pour moi , car c'est mon âme
Qui souffre et gémit en péril ;
Donnez , pour finir son exil ,
Les oraisons qu'elle réclame.
Vous qui priez , cœurs pleins de foi , Chrétiens, ayez pitié de moi.
C'est moi qui suis la pauvre fille Dont le corps fut jeté tout seul ,
Loin des tombeaux de la famille , Sans prières et sans linceul.
Ce n'est point la terre bénite Qui couvre mes restes flétris , Et Ton s'éloigne avec mépris Du coin sombre où gît la proscrite.
Vous qui priez , cœurs pleins de foi , Chrétiens, ayez pitié de moi.
J'aimerais à dormir blottie Sous un gazon épais et doux.
Je n'ai que la ronce et l'ortie ; Mon lit est chargé de cailloux.
Au printemps un rosier sauvage L'an dernier y vint à fleurir; Mais les enfants Font fait périr, En arrachant fleurs et feuillage.
Vous qui priez, cœurs pleins de foi, Chrétiens, ayez pitié de moi.
Une fauvette , sous la ronce , Fit un nid d'herbe et de duvet; Déjà Ttûseau , joyeuse annonce , Avait trois petits qu'il couvait. Leurs chants me semblaient des prières- Que le Seigneur devait bénir; Mais les passants , pour me punir , Les ont tués à coups de pierres.