‹ Poésies (volume 2)Chapitre 89 sur 208 · LÉGENDE · texte numérisé non relu

LÉGENDE

Vous qui priez , cœurs pleins de foi , Chrétiens, ayez pitié de moi.

En traversant le cimetière ,

Quand sur les champs s'étend la nuit ,

Si vous voyez une lumière

Sur les tombeaux voler sans bruit ,

Priez pour moi , car c'est mon âme

Qui souffre et gémit en péril ;

Donnez , pour finir son exil ,

Les oraisons qu'elle réclame.

Vous qui priez , cœurs pleins de foi , Chrétiens, ayez pitié de moi.

C'est moi qui suis la pauvre fille Dont le corps fut jeté tout seul ,

Loin des tombeaux de la famille , Sans prières et sans linceul.

Ce n'est point la terre bénite Qui couvre mes restes flétris , Et Ton s'éloigne avec mépris Du coin sombre où gît la proscrite.

Vous qui priez , cœurs pleins de foi , Chrétiens, ayez pitié de moi.

J'aimerais à dormir blottie Sous un gazon épais et doux.

Je n'ai que la ronce et l'ortie ; Mon lit est chargé de cailloux.

Au printemps un rosier sauvage L'an dernier y vint à fleurir; Mais les enfants Font fait périr, En arrachant fleurs et feuillage.

Vous qui priez, cœurs pleins de foi, Chrétiens, ayez pitié de moi.

Une fauvette , sous la ronce , Fit un nid d'herbe et de duvet; Déjà Ttûseau , joyeuse annonce , Avait trois petits qu'il couvait. Leurs chants me semblaient des prières- Que le Seigneur devait bénir; Mais les passants , pour me punir , Les ont tués à coups de pierres.

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