L'AME EN PEINE
Vous qui priez , cœurs pleins de foi , Chrétiens , ayez pitié de moi.
De ton cœur tu m'as renvoyée Toi-même , ingrat , que j'aimais tant , Toi pour qui je me suis noyée Sous les roseaux du grand étang.
Hélas 1 mon âme inconsolée De ce monde a voulu sortir ; Mais dans un cri de repentir Elle s'est du moins exhalée.
Vous qui priez, cœurs pleins de foi , Chrétiens , ayez pitié de moi.
Dieu seul a connu le mystère Et de mon crime et de mon deuil, Aucun prêtre n'osa sur terre Jeter l'eau sainte à mon cercueil.
Seule une femme en habit sombre , Fuyant les regards , vient parfois Pleurer sur ma tombe sans croix , Et m'appeler tout bas dans l'ombre.
Vous qui priez , cœurs pleins de foi , Chrétiens , ayez pitié de moi.
Bien loin des célestes royaumes , Rebut des vivants et des morts , Lorsqu'à l'église on dit les psaumes , J'écoute et je reste au dehors.
De tout bonheur dépossédée, Je voltige entre les barreaux , Et viens me heurter aux vitraux , Gomme une hirondelle attardée.
Vous qui priez, cœurs pleins de foi , Chrétiens , ayez pitié de moi.
Mais que vois-je à l'autel? Le prêtre Jette l'eau sainte sur un corps.
Le vent a poussé la fenêtre ; Je prends part aux pieux accords.
Du cercueil une voix m'appelle :
C'est ma mère ! ô Dieu tout-puissant!
Elle est morte en me bénjssant , Et j'obtiens mon pardon par elle.
Merci , mère au cœur plein de foi , Qui seule as prié Dieu pour moi.