‹ Poésies (volume 2)Chapitre 90 sur 208 · L'AME EN PEINE · texte numérisé non relu

L'AME EN PEINE

Vous qui priez , cœurs pleins de foi , Chrétiens , ayez pitié de moi.

De ton cœur tu m'as renvoyée Toi-même , ingrat , que j'aimais tant , Toi pour qui je me suis noyée Sous les roseaux du grand étang.

Hélas 1 mon âme inconsolée De ce monde a voulu sortir ; Mais dans un cri de repentir Elle s'est du moins exhalée.

Vous qui priez, cœurs pleins de foi , Chrétiens , ayez pitié de moi.

Dieu seul a connu le mystère Et de mon crime et de mon deuil, Aucun prêtre n'osa sur terre Jeter l'eau sainte à mon cercueil.

Seule une femme en habit sombre , Fuyant les regards , vient parfois Pleurer sur ma tombe sans croix , Et m'appeler tout bas dans l'ombre.

Vous qui priez , cœurs pleins de foi , Chrétiens , ayez pitié de moi.

Bien loin des célestes royaumes , Rebut des vivants et des morts , Lorsqu'à l'église on dit les psaumes , J'écoute et je reste au dehors.

De tout bonheur dépossédée, Je voltige entre les barreaux , Et viens me heurter aux vitraux , Gomme une hirondelle attardée.

Vous qui priez, cœurs pleins de foi , Chrétiens , ayez pitié de moi.

Mais que vois-je à l'autel? Le prêtre Jette l'eau sainte sur un corps.

Le vent a poussé la fenêtre ; Je prends part aux pieux accords.

Du cercueil une voix m'appelle :

C'est ma mère ! ô Dieu tout-puissant!

Elle est morte en me bénjssant , Et j'obtiens mon pardon par elle.

Merci , mère au cœur plein de foi , Qui seule as prié Dieu pour moi.

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