‹ Poésies (volume 2)Chapitre 97 sur 208 · A UN POETE · texte numérisé non relu

A UN POETE

Vous savez aimer là nature Et le calme animé des bois Sous leur verdovante ramure ; Pour vous , la brise qui murmure A de mystérieuses voix.

Et moi , quand le zéphyr se glisse Sur les fleurs roses des buissons , Je crois entendre avec délice Un petit Sylphe , en leur calice , Chanter de suaves chansons.

J'écoute la source argëntirtë Où l'herbe se mire dans l'eau , Et j'y vois la bleuâtre Ondine , Qui roule, d'une main lutine, Les cailloux polis du ruisseau.

Je saisis jusque sous la terre Des chants de nul autre entendus;

Soupirs du Gnome solitaire Qui, dans les bois avec mystère , Garde les vieux trésors perdus.

Partout, aux forêts , sur la grève, Dans Tonde , la terre et les cieux , J'évoque ces enfants du rêve, Troupe légère qui m'enlève Dans un monde mystérieux.

Pour moi chaque herbe cache un drame ; Tout se transforme à chaque pas ; A travers un prisme de flamme , Je vois dans chaque chose une âme Que le vulgaire n'y voit pas.

Ainsi dans votre poésie ,

Dans vos chants toujours purs et frais,

Il me semble à ma fantaisie

Des fleurs respirer l'ambroisie ,

Entendre le bruit des forêts.

Chaque vers, qui s'enlace et penche Dans cet harmonieux faisceau , Me semble une ondoyante branche Où luit mainte fleur rose et blanche, Où gazouille maint nid d'oiseau.

Balancé par leur mélodie , Je songe aux riantes couleurs

A UN POÈTE. tlft

Des ppmmiers de ma Normandie ,

Berçant à la brise attiédie

Leurs rameaux parfumés de fleurs.

Oh ! faites-moi rêver encore !

Faites- moi me ressouvenir, Aux chants de votre voix sonore , Que bientôt les fleurs vont éclore , Que le printemps Va revenir.

Mars 185*.

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