A UN POETE
Vous savez aimer là nature Et le calme animé des bois Sous leur verdovante ramure ; Pour vous , la brise qui murmure A de mystérieuses voix.
Et moi , quand le zéphyr se glisse Sur les fleurs roses des buissons , Je crois entendre avec délice Un petit Sylphe , en leur calice , Chanter de suaves chansons.
J'écoute la source argëntirtë Où l'herbe se mire dans l'eau , Et j'y vois la bleuâtre Ondine , Qui roule, d'une main lutine, Les cailloux polis du ruisseau.
Je saisis jusque sous la terre Des chants de nul autre entendus;
Soupirs du Gnome solitaire Qui, dans les bois avec mystère , Garde les vieux trésors perdus.
Partout, aux forêts , sur la grève, Dans Tonde , la terre et les cieux , J'évoque ces enfants du rêve, Troupe légère qui m'enlève Dans un monde mystérieux.
Pour moi chaque herbe cache un drame ; Tout se transforme à chaque pas ; A travers un prisme de flamme , Je vois dans chaque chose une âme Que le vulgaire n'y voit pas.
Ainsi dans votre poésie ,
Dans vos chants toujours purs et frais,
Il me semble à ma fantaisie
Des fleurs respirer l'ambroisie ,
Entendre le bruit des forêts.
Chaque vers, qui s'enlace et penche Dans cet harmonieux faisceau , Me semble une ondoyante branche Où luit mainte fleur rose et blanche, Où gazouille maint nid d'oiseau.
Balancé par leur mélodie , Je songe aux riantes couleurs
A UN POÈTE. tlft
Des ppmmiers de ma Normandie ,
Berçant à la brise attiédie
Leurs rameaux parfumés de fleurs.
Oh ! faites-moi rêver encore !
Faites- moi me ressouvenir, Aux chants de votre voix sonore , Que bientôt les fleurs vont éclore , Que le printemps Va revenir.
Mars 185*.