LE BONHEUR ENVOLÉ
Ou donc est-il ? Dans quel brûlant orage Est-il parti , sous le souffle des vents ? L'avez-vous vu passer, dans un mirage, Par les prés verts, sous les arbres mouvants? Lui qui planait sur ma tête sereine, Comme un bon ange à mes yeux révélé, Il s'est enfui, décevante sirène!
Où donc est-il, mon bonheur envolé?
Est-il parti sur les ailes rapides
Des gais oiseaux, chantant aux environs?
Est-il caché sous les ondes limpides,
Qu'en les frappant troublent mes avirons ?
L'oiseau n'a plus ces chants que nous aimâmes;
Et, sur le flot par ma barque frôlé,
Je vois des pleurs distiller de mes rames :
Où donc est-il, mon bonheur envolé?
Sourirait- il dans ce vin, dont l'écume Chasse le liège et jaillit dans les airs ?
Quand de Bacchus la foudre éclate et fume, Je vois vos yeux refléter ses éclairs.
D'Anacréon j'entends chanter la troupe, Et de Téos le nectar a coulé ; Mais l'amertume empoisonne ma coupe :
Où donc est-il, mon bonheur envolé?
Dans le vieux temple est-il , parmi la foule Qui s'agenouille aux marches des autels.' Du cœur blessé le fiel impur s'écoule, Aux pieds du Dieu qui bénit les mortels ; Mais vainement mon front use la pierre, Et de mes yeux les pleurs ont ruisselé. Dieu ne veut plus écouter ma prière : Où donc est-il, mon bonheur envolé?
Est-ce une erreur? qu'ai-je vu me sourire, Dans ces yeux bruns où brille un reflet d'orr Gai fugitif, sur sa trace il m'attire; Il disparaît, puis il se montre encor.
Je l'aperçois qui sourit sur tes lèvres; Ah! laisse-moi ressaisir l'exilé, Dans ces baisers, dont parfois tu me sèvres; Rends-moi , rends-moi mon bonheur envolé.
MARGA1TE