CHANSON BRETONNE
Il était une blonde fille, Que j'aimais, que j'aime toujours; Margaite à l'œil bleu qui brille, Margaïte était mes amours.
Mais quand je lui dis ma tristesse, Elle sourit d'un air moqueur :
La jeune fille me délaisse.
Hélas! hélas! mon pauvre cœur!
Gai printemps, ta fraîcheur nouvelle Verdit la terre et les rameaux.
J'ai grand deuil, quand la tourterelle Roucoule ses amours nouveaux :
Blanche tourterelle amoureuse, Ton doux ami t'aime sans peur.
Pour vous que la vie est heureuse !
Hélas! hélas! mon pauvre cœur!
f>4 SONNETS ET FANTAISIES
Blonde entant, lorsqu'on la prairie Je serai seul, si tu me vois, Ne va pas chantant , je t'en prie :
J'ai trop peur de ta douce voix.
Oh! combien j'aimais à l'entendre Quand j'avais l'espoir du bonheur. Oh! qu'elle était suave et tendre!
Hélas! hélas! mon pauvre cœur!
C'en est fait de moi, je succombe; Voici bientôt venir le jour Où l'on dira : — « Sous cette tombe Est un jeune homme mort d'amour. »
Alors, à genoux sur ma pierre, Viendras-tu plaindre mon malheur Et me donner une prière?
Hélas! hélas! mon pauvre cœur!
Dans le bois passait Margaïte , Qui s'écria : — « Dis-moi pourquoi Ton cœur tremble et ta langue hésite, Quand tu veux me parler, à moi ? »
Elle fuit et, pour qu'on la voie, Se tourne encor d'un air vainqueur.
J'en ai failli mourir de joie.
Hélas ! hélas ! mon pauvre cœur !