A M. ET M- ERNEST LACAN
Il la voyait errer, pensive et solitaire, Sous les grands platanes ombreux.
Sur un front si charmant pourquoi ce voile austère r Pourquoi ces regards langoureux ?
Que voulait-elle, enfant? Les cœurs des jeunes filles
Ont des secrets délicieux.
Sait-on bien quel penser s'endort sous leurs mantilles
Et dans l'abîme de leurs yeux ï
Elle songeait, et lui, qui n'osait lui rien dire,
Qui tremblait de se déclarer, Un jour, en hésitant, se hasarda d'écrire
Ce qu'il rêvait sans espérer...
On les voit aujourd'hui pleins de sollicitudes,
Toujours ensemble chaque jour, Se faire un Paradis de leurs deux solitudes
Et de leurs deux cœurs un amour.
Deux beaux anges gardiens, souriants et fidèles,
Une sœur, un petit enfant, Veillent sur cet amour qu'ils couvrent de leurs ailes,
Et que leur piété défend.
Vivez votre bonheur; vivez, âmes choisies!
Car il n'est, dans ce triste lieu, De pures voluptés, de saintes poésies,
Que de s'aimer sous l'œil de Dieu.
VOUEE A LA VIERGE
Salut à vous, Marie, Mon espoir, mon recours !
Sur mon enfant chérie , Veillez toujours !
Dans les deux, Sainte Vierge,
Protégez-nous.
Je viens brûler un cierge
A vos genoux, Et, sur l'autel où brille
Son feu tremblant, Vous consacrer ma fille,
En voile blanc.
Pour joindre à ses phalanges
Des chœurs nouveaux, Dieu prend souvent des anges
Dans les berceaux.
Afin que Dieu me laisse
Ma fille, à moi , Devant vous je m'abaisse
Avec émoi.
Au pied de votre image
Priant souvent, J'enseigne un doux langage
A mon enfant.
Entre mes mains j'assemble
Ses petits doigts, Et nous disons ensemble
A haute voix :
Salut à vous, Marie, Mon espoir, mon recours ; Sur l'enfant qui vous prie Veillez toujours !