A UNE CANTATRICE
Quoi! seriez-vous ainsi? seriez-vous Galatée , L'idole de Paros dans le marbre sculptée, Que Vénus Astarté de sa rage anima, Pour mettre au désespoir l'homme qui la forma î Elle aime l'or, le vin, les ignobles caresses, Cet admirable corps a toutes les bassesses; Pour elle rien n'est saint; pour elle rien n'est cher Son cœur est demeuré de marbre sous sa chair !
Non ! non ! vous n'êtes point cette pâle statue, Ce fantôme animé, cette morte qui tue; Car votre cœur palpite et votre sein frémit; Votre voix est l'écho d'une âme qui gémit, Le ciel souffla sur vous la lumière invisible, Dont la voix et les yeux sont le reflet sensible. Vous chantez, et nos cœurs, par un secret frisson Secoués à la fois, vibrent à l'unisson ; Et si nous admirons, sous vos traits, cette infâme , C'est que vous l'animez d'une céleste flamme;
C'est que vous répandez sur ce gouffre infecté
Un idéal plus vrai que la réalité.
Vous brillez au-dessus de ces vices perfides,
Comme un rayon du jour sur des marais fétides.
Calatée est un masque, un mensonge maudit :
C'est vous que l'on entend, c'est vous qu'on applaudit.
Vous ne rentrerez pas dans le marbre comme elle;
Car vous portez au front une étoile immortelle;
La muse vous possède, et votre chant divin
Nous pénètre au-dedans comme l'ardeur du vin !
Nous le buvons du cœur; son charme nous enivre,
Et, quand il a cessé, bien longtemps, pour le suivre,
Pensifs, nous écoutons l'écho mystérieux,
Qui vibre dans l'espace et nous revient des deux!...