ROUEN ET SAINTE-HELENE
La cité de Rollon et du vieux duc Guillaume, Qui vainquit l'Angleterre et s'en fit un royaume, Rouen la ville antique aux tortueux détours, Rouen s'enveloppait de ce manteau de brume Qui, pluc épais l'hiver, toujours ondoie et fume Au-dessus de ses tours.
Sur la Seine, à travers les humides ténèbres, Un vaisseau noir, couvert de tentures funèbres, De la terre d'exil rentrait au Panthéon ; Sur cette nef en deuil pleurait la France veuve ; Car ce tombeau flottant, qui remontait le fleuve, Portait Napoléon.
Le flot s'ouvre sans murmure Et, du fleuve nébuleux, Sort une vierge aux yeux bleus, A la brune chevelure.
Une armure resplendit Par-dessus sa robe blanche; Fier et doux son front se penche De son audace interdit.
Tristement préoccupée, Comme pour un grand dessein , De ses deux bras sur son sein Elle étreint sa grande épée.
C'est l'enfant de Domremy, Cest Jeanne d'Arc la pucelle.
La vengeresse immortelle Parle au héros endormi :
— « Salut, Napoléon! salut! C'est la guerrière, Dont la main a chassé l'Anglais envahisseur, Qui devait au retour t'accueillir la première : Salut ! je suis ta sœur.
» Dis-moi, Napoléon, dans cette île où, captive, Ton aigle se tordait sous l'ongle du vautour, Quand l'ennui dévorait ta pensée inactive , Seul , au déclin du jour,
» Seul, courbé sous le poids du souvenir suprême. Quand ta main retombait sur ce livre agité, Où tu voulais en vain te raconter toi-même A la postérité;