‹ PoésiesChapitre 18 sur 64 · ROUEN' ET SAINTE-HELENE · texte numérisé non relu

ROUEN' ET SAINTE-HELENE

» Quand, serrant de tes bras ta poitrine oppressée, Perdant à l'horizon les éclairs de tes yeux , Tu sentais bouillonner aux feux de ta pensée Ton front silencieux,

» Quand tu voyais en rêve et l'armée, et les tentes, Et les canons tonnant tes ordres absolus, Tes maréchaux, ta garde aux armes éclatantes, Tout ce qui n'était plus!

» Pensais-tu qu'autrefois, aux jours de la discorde, Surgissant comme toi dans les adversités, Une simple bergère avait chassé la horde Qui souillait nos cités?

» Combattant comme toi pour la France envahie Elle fut comme toi, c'est le sort des héros, Pour un peu d'or vendue et lâchement trahie, Et livrée aux bourreaux.

» Pensais-tu que c'était encor la même haine, Qui te faisait mourir sur ton brûlant rocher; Rapprochais-tu parfois Rouen et Sainte-Hélène, L'exil et le bûcher? »

Mais le héros, du cercueil qui s'entr'ouvre, Se lève... Il sort tout brillant de splendeurs. Tel autrefois il accueillait, au Louvre, Les Rois venus au lieu d'Ambassadeurs.

C'était bien l'homme à la petite taille, Que l'univers eut peine à contenir; C'était l'habit usé par la bataille, Mais immortel, mais beau de souvenir;

Le manteau bleu, compagnon de sa gloire, Où chaque soir, des Alpes au Niémen, Il s'endormit, en rêvant la victoire, Et s'éveilla vainqueur le lendemain.

C'était bien lui! La mort, par qui tout change, Avait eu peur de toucher à son corps.

Son œil brilla d'une lumière étrange, Et cette voix s'entendit au dehors :

— « Oui ! Jeanne d'Arc, je suis ton frère

Et par la vie et par la mort.

L'Anglais de notre sort contraire

Subira l'éternel remord.

Noble Vierge, ils t'ont torturée;

Au feu, vivante, ils t'ont livrée;

Ils ont semé ta cendre au vent;

Moi, qui crus à leur conscience ,

Ils m'ont traîné sur l'onde immense,

Ils m'ont, ironique clémence,

Sur mon tombeau cloué vivant!

» Moins malheureuse, ma dépouille, Échappant au roc abhorré,

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N'a plus de chaîne qui la souille, Et mon cercueil est délivré.

Je vais dormir aux Invalides, Où veillent, encore intrépides, Les derniers de mes vieux soldats.

Au fond de sa crypte glacée, Ma dépouille y sera bercée, Par les récits et la pensée De nos héroïques combats.

» Tandis que ta cendre légère, Emportée aux gouffres des mers, Jusque sur la rive étrangère Roule encor sous les flots amers, Ah ! que sur l'Angleterre infâme Elle jette, avec chaque lame, Ces murmures accusateurs, Ces cris , ces désespoirs sublimes Qui font, au râle des victimes, Jusque dans leurs fibres intimes, Frissonner les persécuteurs ! »

Il disait et tous deux, sur leur terre chérie, Pensant encor sans doute à venger la patrie,

Dans l'espace ils planaient; Et de combats géants, de gloire, d'espérance, De ce qu'ils avaient fait et souffert pour la France,

Longtemps s'entretenaient.

Ombres de nos vengeurs, victimes vénérées! Veillez sur nous, du haut des voûtes éthérées,

Au milieu du danger. Si l'ennemi s'armait pour d'autres félonies, S'il souillait notre sol, victorieux génies,

Venez nous protéger.

Toi, mère généreuse, ô France souveraine! Étends sur tous les deux de ton manteau de Reine

Les gigantesques plis; Réunis, dans ta main auguste et triomphale, L'oriflamme des Rois et l'Aigle impériale,

Les lauriers et les lys !

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