‹ PoésiesChapitre 2 sur 64 · DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

DE TOULOUSE

Je n'entrerai donc plus dans la brillante arène Où d'Isaure, trois fois, j'ai porté les couleurs.' Ainsi ta loi l'ordonne, heureuse Souveraine, Qui donnes, pour des vers, de la gloire et des fleurs!

J'aimais pourtant, j'aimais ces tournois, noble école, Ces triomphes conquis même au prix des revers. L'espoir de remporter la palme au Capitole Donnait plus de vigueur et de grâce à mes vers.

Et lorsque je me sens plein de courage encore , Athlète désarmé, je ne combattrai plus; Sans pouvoir désormais les suivre , aux pieds d'Isaure Je verrai s'élancer les lutteurs résolus.

Mainteneurs du Savoir, maîtres du docte empire Qui daignâtes souvent encourager ma voix, A votre saint parvis dois-je appendre ma lyre? L'ai-je fait résonner pour la dernière fois?

Non ! vous m'ouvrez l'accès de ce Jardin mystique Où la Reine des Jeux tient son sceptre vermeil, Où chaque fleur éclose au jardin poétique Resplendit immortelle aux baisers du soleil.

Je sens mon cœur ému bondir dans ma poitrine : Ne vois-je pas ici les anciens troubadours? N'entends-je pas chanter, par quelque voix divine, Le Tenson, le Sirvente et le doux Lai d'Amours?

Ce n'est point une erreur ! gloire de vos ancêtres, La Muse garde encor sa sereine beauté; Et vous, illustres fils de ces illustres maîtres, Vous marchez sur leurs pas vers l'immortalité.

Tant qu'on vous entendra chanter dans cette enceinte Le doux nom de Clémence, orgueil de vos remparts, Toulouse restera la ville docte et sainte, L'Athène Occitanique et la reine des arts.

Rois du chant! quand je pense à tant de renommée. Et quand je pense aussi que vous faites accueil A ma muse inconnue et timide et charmée, Je me sens tressaillir, j'ai presque de l'orgueil.

A mon tour je suis maître en la noble science; J'ai conquis ce fleuron qui fait tant de jaloux, Cet honneur qui passait ma plus haute espérance , Cet honneur de m'asseoir le dernier parmi vous!

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