‹ PoésiesChapitre 27 sur 64 · A RONSARD · texte numérisé non relu

A RONSARD

Ronsard, nous étouffons sous le pied du vainqueur.

Qui nous rendra ta voix ? Qui nous rendra ton cœur :

Ton cœur pour déplorer la guerre et la discorde ,

Ta voix pour demander à Dieu miséricorde,

Pour redire au pays coupable, mais martyr.

Après l'hymne des pleurs, le chant du repentir.

Que ton bronze nous parle et nous soit un exemple!

Si tu rentres vengé comme un dieu dans son temple.

Trois siècles tout entiers n'as-tu pas attendu,

Proscrit et dépouillé du rang qui t'était dû,

Que la Patrie enfin t'apportant son obole ,

Sur ton front insulté rallumât l'auréole,

Et que tes magistrats et tes concitoyens

Se fissent des lauriers en relevant les tiens;

Car ce sera l'honneur éternel de Vendôme

De ravoir fait justice et rendu ton royaume !

Nous, Français, qui portions naguère un front si haut.

Comme toi patients, attendons; il le faut!

Attendons dans le deuil, le travail, la prière,

Que la grande blessée, autrefois la guerrière.

La France, ait reconquis sa force et sa vertu.

Elle a revu Pavie et son clairon s'est tu!...

Mais si de sa hauteur Dieu l'a fait redescendre .

Quelque part un vengeur est éclos de sa cendre.

Il palpite déjà le poëte immortel

Qui de sa majesté relèvera l'autel.

Dans cet autre Ronsard c'est toi qui te réveilles.

Toi, qui, de l'avenir saluant les merveilles,

Chanteras sa grandeur et la feras rleurir;

Car la France ni toi vous ne pouvez mourir!

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