‹ PoésiesChapitre 26 sur 64 · A VENDOME · texte numérisé non relu

A VENDOME

Le 23 Juin 1872.

(Les vers en italiques sont tirés presque textuellement des poésies de Ronsard.)

Je t'offre mon hommage, ô poète! ô prophète! Qui, depuis trois cents ans, attendais cette fête; Pourtant je te salue avec un triste orgueil; Car ce fut en des jours assombris par le deuil Que tu naquis, Ronsard! — Dieu te prêta la vie L'an que François Premier fut pris devant Pavie. Mais la Muse, en venant poser, du haut du ciel , La flamme sur ton front, sur tes lèvres le miel, Muse de Poésie et Muse d'Espérance, Te donna tant d'amour, tant d'âme, que la France T'acclama son poète et son consolateur!

Tes Odes de Tyrtée atteignaient la hauteur; Tes Sonnets amoureux faisaient pâlir Pétrarque;

La cour applaudissait tes Hymnes, le monarque

Les récitait, le peuple apprenait tes Chansons;

Le soldat retrouvait l'honneur à tes leçons;

Il marchait en avant, et, navré pour son prince,

Tomboit , poitrine ouverte , au seuil de sa province.

Ta gloire était un roc au bord des Océans,

Quand ce nain monstrueux qui s'acharne aux géants,

L'Envie, osa saper le granit de ta base,

T'envahit, te souilla, t'engloutit dans sa'vase,

Et crut dans le néant t'avoir enseveli.

Après l'insulte, après l'affront, venait l'oubli;

Et pendant trois cents ans, pas même une pensée

Ne consola ton ombre auguste et délaissée

Miracle ! il est debout le chantre souverain : Il revit dans son œuvre, il renaît dans l'airain! Irvoy nous l'a rendu : sur son front qui s'allume, Le laurier d'or! au flanc, la dague! en main, la plume! Tel il apparaissait à la cour des Valois, Leur récitant ses vers comme on dicte des lois. L'Europe s'étonnait, et la France en ruine Se levait renaissante à cette voix divine : « Vous, guerriers, disait-il, soldats vaillants et preux, Vous, seigneurs, qui porte\ un cœur chevaleureux , Que chacun à la mort fortement s'abandonne. Sauve\ notre pays! redresse^ la couronne! Redonnez-nous la gloire, et d'un bras indompté, Combatte^ pour la France et pour sa liberté ! Et ce pendant qu'aure^ le sang et l'âme vive, Xe souffre % qu'elle tombe en misère captive!... »

Page 1