A MADEMOISELLE JULIETTE B
Elle coule sans bruit, la vie intérieure; C'est un ruisseau caché que nui ne voit courir; Mais, ici-bas, encor c'est la part la meilleure : Moins on connaît le monde, et moins on doit souffrir.
Tel l'oiseau familier chante, heureux en sa cage, N'ayant point essayé d'horizon plus vermeil. Son bouquet de mouron lui paraît un bocage, Et l'oeil qui le surveille est pour lui le soleil.
Vous aimez, vous chantez, toujours pieuse et bonne. Vous n'avez d'horizon que le toit paternel, Et l'amour filial vous tresse une couronne, Qu'en souriant d'en haut contemple l'Éternel.
Douce et calme, vivez, toute à la pure ivresse De sentir sur vos yeux deux bouches s'appuyer, Et d'entendre deux voix vous répéter sans cesse : « Sois béni par nos cœurs, cher ange du foyer! »