LA MORT DU DUC D'ORLEANS I
Viens fléchir si tu peux la colère céleste; Prie, afin que le ciel prenne en pitié ton sort. Mais non! résigne-toi sous ton destin funeste, France, ton fils se meurt! France, ton fils est mort!
Prince, dans ta cruelle et sanglante agonie, Lorsque tu relevais ta paupière ternie
Que le trépas enveloppait, Quel brûlant souvenir vint t'assaillir encore, Au penser douloureux de ta brillante aurore
Et du beau jour qui t'échappait!
Voyais-tu cette France, éclatant héritage, Qui déjà se montrait fière de son partage Et te glorifiait aux yeux du genre humain, Supplier l'Éternel de ses mains consternées , N'osant pas croire, après d'aussi belles journées, A ce funèbre lendemain :
Puis, voyais-tu passer, ainsi que dans un rêve, Tes frères éplorés , ton père qui soulève
Ce front, son espoir, qui n'est plus, Et ta mère, et tes sœurs, se vouant en victimes, Prodiguant à tes pieds, ces chrétiennes sublimes
Des pleurs et des vœux superflus?
Ne l'appelais-tu point ton épouse adorée, Qui là-bas t'attendait, d'espérance enivrée,
Tandis que nous pleurions ici ton sort cruel; Et qui, pour le malheur toujours pieuse et bonne. Répandait, en ton nom, les trésors de l'aumône, Qui te seront comptés au ciel 2
Ne les cherchais-tu pas, sur ta funèbre couche, Ces royaux orphelins, que ta mourante bouche
Eût voulu presser et bénir, Frêles berceaux, pareils au berceau de Moïse, Qui roulent emportés par la vague insoumise,
De flots en flots vers l'avenir :
Sombres décrets du sort, fin terrible et cruelle! Quoi donc ! lorsque d'Anvers la haute citadelle Tonnait, rebelle encor, contre la liberté; Et lorsqu'un des premiers à l'assaut des murailles D*Orléans s'élançait, les balles, les mitrailles, Les boulets l'auront respecté!
Lorsque le choléra sévissait dans nos villes, D"Orléans, le premier, parcourant les asiles
Où le mal vainqueur triompha, Aura, sur les mourants aux fétides haleines, Étendu ses deux mains d'or et de pitié pleines,
Comme Bonaparte à Jaffa!
Quand l'Afrique, lionne en son antre forcée,
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Il aura de sa rage enchaîné les éclats, Et, des Portes-de-Fer forçant l'étroit passage, Il aura stupéfait, par son jeune courage, Les scheiks belliqueux de l'Atlas!
Les dangers, la fatigue et la peste et la guerre, Il aura tout bravé, pour qu'un hasard vulgaire
En quatre heures le fît périr!
Dieu juste! était-ce ainsi, grand et plein d'espérance, Que le fils du pays, que l'orgueil de la France,
Que d'Orléans devait mourir!
Mourir tombé d'un char au bord d'une avenue, Sous un toit ignoré, dans une chambre nue, Quand on a des palais riches de souvenir; Mourir jeune et vaillant, sur le seuil de sa gloire, Quand on a devant soi le trône et la victoire , Quand on est roi de l'avenir!
Grande âme, que la mort en un jour a fauchée, Sur les muets débris de ta vie ébauchée,
Sommeille en paix dans ton cercueil!
Tout notre amour pour toi sur tes enfants retombe; La haine des partis se brise sur ta tombe,
Comme le flot sur un écueil.
Quand ton ombre déjà s'envolait dans l'espace , L'as-tu vu, ce Paris où tout glisse et s'efface,
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Devenu triste pour toi seul, Sortir spontanément de son insouciance, Et, famille éplorée, affluer en silence,
Pour te suivre dans ton linceul ï
Est-ce un roi tout-puissant qui, morne et tête nue, Escorte à pied ton corps, dans la longue avenue,
Par tout ce peuple environné ?
Non; c'est un père, en proie au malheur qui le glace, Et que tous ses enfants accompagnent en masse
Au convoi de son premier- né.
Plus d'ordre, ni de rangs, ni de froide étiquette! La foule se confond, abattue et muette,
Dans le calme de la douleur.
Le pauvre, le puissant, l'ouvrier, le ministre, Se pressent, consternés parce destin sinistre,
Tous égaux devant le malheur!
Tous ! même ces soldats endurcis par la guerre , Qui, jusqu'à Mouzaïa, te suivirent naguère,
Vieux compagnons de tes exploits, Et s'étonnent de voir, sur leur longue moustache, Deux larmes, qu'à leurs yeux ton sort fatal arrache,
Rouler pour la première fois.
Grande ombre, dors en paix! cette tristesse immense Est un garant certain d'amour et de clémence :