A S. A. R. MONSEIG' LE COMTE DE PARIS
Purpureos spargam flores, animamque nepotis His saltem accumulem donis, et fungar inani Munere.
Virgile.
D'où vient tant de stupeur: pourquoi ces cris d'alarmes: Où courez-vous ainsi de douleur égarés:
— Si vous êtes humain, passant, plaignez nos larmes, Si vous êtes Français, à genoux, et pleurez!
C'est là! dans cette étroite et chétive demeure,
Un jeune homme est couché, pâle, couvert de sang.
Il ne reconnaît pas une mère qui pleure
Et le réchauffe en vain sur son cœur impuissant.
Il ne soulève pas sa livide paupière Devant ses sœurs, son père et ses frères en deuil; Et le Dieu, qui rejette ou reçoit la prière, Environne son front des pâleurs du cercueil.
Les médecins, usant leur stérile science Sur ce corps malheureux brisé par le trépas, Et dans un art borné cherchant une espérance, Sentent venir la mort qu'ils ne retardent pas.
Rassemble dans ton fils les restes de la vie, Réchauffe-le d'amour, ô mère de douleurs ! Sa tête à tes baisers ne serait point ravie, Si l'on ressuscitait par l'amour et les pleurs.
Vous, ses frères, ses sœurs, contemplez son visage; Couvrez bien de baisers son front pâle et glacé; Gravez bien dans vos cœurs sa déplorable image : Pour la dernière fois vous l'avez embrassé.
Toi, père infortuné, qui demeures stoïque Et murmures tout bas : — « Encor, si c'était moi! Contiens ton désespoir dans ton âme énergique ; Ton pays te contemple, il a besoin de toi!
Et toi, sainte patrie, ô France souveraine! Viens mêler à ce deuil tes larmes et tes cris ; Car ce père est ton Roi, cette mère est ta Reine, Ce mourant est le fils de ton Roi! c'est ton fils!