LE TOMBEAU I
La croix, symbole aimé, la croix, seule espérance, Etend sur lui ses bras, comme pour le bénir. La même heure sonna sa mort et sa naissance, Et sur terre avec nous mourra son souvenir!
Prodiguons-lui les fleurs que le printemps ressème; S'ouvrir et s'effeuiller, voilà tout leur destin. Les fleurs sont de l'enfant le fugitif emblème : Il naquit pour un jour et mourut au matin.
Et peut-être... qui sait? cette humble pâquerette, Etoile du printemps, dont s'émaillent les prés, Est la trace ici-bas de l'âme qu'on regrette, Et qui passe, invisible à nos yeux éplorés !
Et ce myosotis à la teinte plus pâle, Que la nuit a formé de rosée et d'amour, Qui semble réfléchir tous les feux de l'opale , Triste comme la vie et pur comme le jour,
C'est peut-être un soupir d'ineffable mystère Qui, sorti du tombeau triste et silencieux, Se revêt, en passant, des couleurs de la terre, Et , fleur, monte du moins en parfum vers les cieux.