AFFINITES SECRETES
Marbre, perle, rose, colombe.
Tout se dissout, tout se détruit; La perle fond, le marbre tombe, La fleur se fane et l'oiseau fuit.
En se quittant, chaque parcelle S'en va dans le creuset profond Grossir la pâte universelle Faite des formes que Dieu fond.
Par de lentes métamorphoses.
Les marbres blancs en blanches chairs.
Les fleurs roses en lèvres roses
Se refont dans des corps divers;
Les ramiers de nouveau roucoulent Au cœur de deux jeunes amants.
Et les perles en dents se moulent Pour l'écrin des rires charmants.
De là naissent ces sympathies Aux impérieuses douceurs, Par qui les âmes averties Partout se reconnaissent soeurs.
Docile à l'appel d'un aronie^ D'un rayon ou d'une couleur, L'atome vole vers l'atome.
Comme l'abeille vers la fleur.
L'on se souvient des rêveries Sur le fronton ou dans la mer.
Des conversations fleuries Près de la fontaine au flot clair.
EMAUX ET CAMEES
Des baisers et des frissons d'ailes Sur les dômes aux boules d'or, Et les molécules fidèles Se cherchent et s'aiment encor.
L'amour oublié se réveille, Le passé vaguement renaît, La fleur sur la bouche vermeille Se respire et se reconnaît;
Dans la nacre où le rire brille La perle revoit sa blancheur; Sur une peau de jeune fille Le marbre ému sent sa fraîcheur ;
Le ramier trouve une voix douce, Echo de son gémissement; Toute résistance s'émousse, Et l'inconnu devient l'amant.
Vous devant qui je brûle et tremble.
Quel flot, quel fronton, quel rosier.
Quel dôme nous connut ensemble, Perle ou marbre, fleur ou ramier?