‹ Poésies (volume 2)Chapitre 44 sur 102 · LE CHATEAU DU SOUVENIR · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DU SOUVENIR

D'un reflet rouge illuminée, La bande se chauffe les doigts Et fait cercle à la cheminée Où tout à coup flambe le bois.

L'image au sépulcre ravie Perd son aspect raide et glacé ; La chaude pourpre de la vie Remonte aux veines du Passé.

Les masques blafards se colorent Comme au temps où je les connus.

O vous que mes regrets déplorent, Amis, merci d'être venus!

Les vaillants de dix-huit cent trente, Je les revois tels que jadis.

Comme les pirates d'Otrante Nous étions cent, nous sommes dix.

L'un étale sa barbe rousse Comme Frédéric dans son roc ; L'autre superbement retrousse Le bout de sa moustache en croc.

Drapant sa souffrance secrète Sous les fiertés de son manteau, Pétrus fume une cigarette Qu'il baptise papelito.

Celui-ci me conte ses rêves.

Hélas ! jamais réalisés, Icare tombé sur les grèves Où gisent les essors brisés;

Celui-là me confie un drame Taillé sur le nouveau patron dui fait, mêlant tout dans sa trame, Causer Molière et Calderon.

Tom, qu'un abandon scandalise.

Récite Love' s labours lost,

Et Fritz explique à Cidalise

Le IFalpurgisnachtstramn de Faust.

Mais le jour luit à la fenêtre; Et les spectres, moins arrêtés, Laissent les objets transparaître Dans leurs diaphanéités.

Les cires fondent consumées ; Sous les cendres s'éteint le feu ; Du parquet montent des fumées...

Château du Souvenir, adieu !

Encore une autre fois Décembre Va retourner le sablier.

Le Présent entre dans ma chambre Et me dit en vain d'oublier.

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