LE CHATEAU DU SOUVENIR
D'un reflet rouge illuminée, La bande se chauffe les doigts Et fait cercle à la cheminée Où tout à coup flambe le bois.
L'image au sépulcre ravie Perd son aspect raide et glacé ; La chaude pourpre de la vie Remonte aux veines du Passé.
Les masques blafards se colorent Comme au temps où je les connus.
O vous que mes regrets déplorent, Amis, merci d'être venus!
Les vaillants de dix-huit cent trente, Je les revois tels que jadis.
Comme les pirates d'Otrante Nous étions cent, nous sommes dix.
L'un étale sa barbe rousse Comme Frédéric dans son roc ; L'autre superbement retrousse Le bout de sa moustache en croc.
Drapant sa souffrance secrète Sous les fiertés de son manteau, Pétrus fume une cigarette Qu'il baptise papelito.
Celui-ci me conte ses rêves.
Hélas ! jamais réalisés, Icare tombé sur les grèves Où gisent les essors brisés;
Celui-là me confie un drame Taillé sur le nouveau patron dui fait, mêlant tout dans sa trame, Causer Molière et Calderon.
Tom, qu'un abandon scandalise.
Récite Love' s labours lost,
Et Fritz explique à Cidalise
Le IFalpurgisnachtstramn de Faust.
Mais le jour luit à la fenêtre; Et les spectres, moins arrêtés, Laissent les objets transparaître Dans leurs diaphanéités.
Les cires fondent consumées ; Sous les cendres s'éteint le feu ; Du parquet montent des fumées...
Château du Souvenir, adieu !
Encore une autre fois Décembre Va retourner le sablier.
Le Présent entre dans ma chambre Et me dit en vain d'oublier.