LE CHATEAU DU SOUVENIR IO
Plus loin, une beauté robuste,
Aux bras forts cerclés d'anneaux lourds.
Sertit le marbre de son buste
Dans les perles et le velours ;
D'un air de reine qui s'ennuie Au sein de sa cour à genoux, Superbe et distraite, elle appuie La main sur un cofire à bijoux;
Sa bouche humide et sensuelle Semble rouge du sang des cœurs ; Et, pleins de volupté cruelle.
Ses yeux ont des défis vainqueurs.
Ici, plus de grâce touchante, Mais un attrait vertigineux.
On dirait la Vénus méchante Qui préside aux amours haineux.
Cette Vénus, mauvaise mère.
Souvent a battu Cupidon.
O toi, qui fus ma joie amère.
Adieu pour toujours... et pardon!
Dans son cadre, que l'ombre moire, Au lieu de réfléchir mes traits, La glace ébauche de mémoire Le plus ancien de mes portraits.
Spectre rétrospectif qui double Un type à jamais effacé.
Il sort du fond du miroir trouble Et des ténèbres du passé ;
EMAUX ET CAMEES
Dans son pourpoint de satin rose, Qu'un goût hardi coloria, Il semble chercher une pose Pour Boulanger ou Devéria;
Terreur du bourgeois glabre et chauve, Une chevelure à tous crins De roi franc ou de lion fauve Roule en torrent jusqu'à ses reins.
Tel, romantique opiniâtre, Soldat de l'art qui lutte encor, Il se ruait vers le théâtre Oiiand d'Hernani sonnait le cor.
... La nuit tombe et met avec l'ombre Ses terreurs aux recoins dormants.
L'inconnu, machiniste sombre.
Monte ses épouvantements.
Des explosions de bougies Crèvent soudain sur les flambeaux !
Leurs auréoles élargies Semblent des lampes de tombeaux.
Une main d'ombre ouvre la porte Sans en faire grincer la clé.
D'hôtes pâles qu'un souffle apporte Le salon se trouve peuplé.
Les portraits quittent la muraille, Frottaut de leurs mouchoirs jaunis.
Sur leur visage qui s'éraille, La crasse fauve du vernis.