‹ Poésies (volume 2)Chapitre 47 sur 102 · LA MANSARDE II · texte numérisé non relu

LA MANSARDE II

Ou bien quelque jeune poète, Qui scande ses vers sibyllins En contemplant la silhouette De Montmartre et de ses moulins.

Par malheur, ma mansarde est vraie ;

Il n'y grimpe aucun liseron,

Et la vitre y fait voir sa taie

Sous Pais verdi d'un vieux chevron.

Pour la grisette et pour l'artiste, Pour le veuf et pour le garçon, Une mansarde est toujours triste :

Le grenier n'est beau qu'en chanson.

Jadis, sous le comble dont l'angle Penchait les fronts pour le baiser, L'Amour, content d'un lit de sangle, Avec Suzon venait causer;

Mais pour ouater notre joie Il faut des murs capitonnés.

Des flots de dentelle, et de soie.

Des lits par Monbro festonnés.

Un soir, n'étant pas revenue, Margot s'attarde au mont Bréda, Et Rigolette entretenue N'arrose plus son réséda.

Voilà longtemps que le poète, Las de prendre la rime au vol.

S'est fait reporter de gazette.

Quittant le ciel pour l'entresol.

Il8 ÉMAUX ET CAMÉES

Et l'on ne voit contre la vitre Qu'une vieille au maigre profil, Devant Minet, qu'elle chapitre.

Tirant sans cesse un bout de fil.

L^ 'KUE

l'horizon monte une nue.

Sculptant sa forme dans l'azur ; On dirait une vierge nue Émergeant d'un lac au flot pur.

Debout dans sa conque nacrée, Elle vogue sur le bleu clair. Comme une Aphrodite éthérée, Faite de l'écume de l'air.

On voit onder en molles poses Son torse au contour incertain, Et l'aurore répand des roses Sur son épaule de satin.

Ses blancheurs de marbre et de neig' Se fondent amoureusement Comme, au clair-obscur du Corrège, Le corps d'Autiope dormant.

EMAUX ET CAMEES

Elle plane dans la lumière Plus haut que l'Alpe ou l'Apennin, Reflet de la beauté première, Sœur de « l'éternel féminin. »

A son corps, en vain retenue.

Sur l'aile de la passion Mon âme vole à cette nue Et l'embrasse comme Ixion.

La raison dit : « Vague fumée, Où l'on croit voir ce qu'on rêva, Ombre au gré du vent déformée.

Bulle qui crève et qui s'en va I »

Le sentiment répond : « Qu'importe 1 Qja'est-ce après tout que la beauté.

Spectre charmant qu'un souffle emporte, Et qui n'est rien, ayant été!

« A l'Idéal ouvre ton âme; Mets dans ton cœur beaucoup de ciel.

Aime une nue, aime une femme.

Mais aime ! — C'est l'essentiel I »

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