‹ Poésies (volume 2)Chapitre 90 sur 102 · L^ FEM3[CE T)E T>IO^CÈT>E · texte numérisé non relu

L^ FEM3[CE T)E T>IO^CÈT>E

ARRIA, couchée sur un lit de repos, dans un sommeil léthargique.

Ai-je dormi?... Mais non..., j'étais morte! Nul rêve Ne traversait la nuit de mon sommeil sans trêve. Le Mercure funèbre avait, aux sombres bords. Il me semble, conduit mon ombre...; pour mon corps, Au fond du souterrain dont la voûte s'écroule Les laves du Vésuve en conservaient le moule. Je serrais sur mon cœur mon coffret à bijoux. Dans ma fuite... L'écrin les renferme encor tous!

A remonter le temps que Mnémosyne m'aide ! Oui..., j'étais Arria, femme de Diomède; J'habitais un palais pour sa splendeur vanté. Les Dieux régnaient alors... On chantait ma beauté. On m'aimait, quand survint l'affreuse catastrophe!... Mais rajustons un peu les plis de cette étoffe. Secouons-en la cendre avec le bout du doigt ;

3l8 THÉÂTRE EN VERS

— Ce péplum chiffonné ne va pas comme il doit ! — Voj'ons ! dis, mon miroir, suis-je toujours jolie? Ne vaudrait-il pas mieux rester ensevelie?

Non ; — mon œil est limpide et mon profil est pur ; Je suis coquette encor, — donc je vis, — c'est bien sûr !... Mettons deux ou trois rangs de ces perles dorées, Ce camée à l'épaule, et par ondes lustrées Séparons ces cheveux où l'acanthe se tord.

— Deux mille ans de tombeau ne m'ont fait aucun tort ! Mais, où suis-je ? Le Temps a-t-il cloué sa roue ? Est-ce une illusion qui de mes 3'eux se joue ?

Rien ne s'est donc passé pendant mon long sommeil. Le volcan n'a donc pas vomi son feu vermeil, Et l'histoire a menti ! — Pompéia vit encore ! Ce palais, que l'art grec, pur et sobre, décore, C'est le mien, et mon pas y marche familier; Comme un foyer antique il est hospitalier. Entrez, sans avoir peur du précepte archaïque : Cave Canem ! — Le chien ne mord... qu'en mosaïque. Vous entendrez, d'ailleurs, le Cerbère bravé. L'oiseau qui dit : « Bonjour ! » le seuil qui dit : « Salve ! » Sous le premier portique où l'on voit leurs images, Panthée et le Génie attendent vos hommages. — Je me reconnais bien. — Ici tout est resté Comme au temps que votre âge appelle Antiquité : Les murs de l'atrium, sur leurs parois unies. Encadrant des sujets pris aux théogonies, Les Dieux et les Titans, les éléments divers. Le chaos primitif d'où jaillit l'univers, La force créatrice et la force qui tue, Prométhée appliquant la flamme à sa statue, Éros, fils d'Aphrodite, et son frère Antéros, L'invention des arts, les luttes des héros,

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