LA FEMME DE DIOMEDE
Et l'évolution de la famille humaine Dans le cercle fatal où le sort la promène... Voici l'impluvium, mais son ciel est moins pur; Pompéia n'a pas su conserver son azur.
— Que de fois, oubliant le vol de l'heure agile, Sur ce banc j'ai relu Théocrite ou Virgile, Pendant que la cigogne, un pied dans le bassin, Immobile, rêvait, son long bec sur son sein ! due de fois j'effeuillai les fleurs de ces arbustes, Distraite... — Mais quel est, au milieu de ces bustes, Ce marbre radieux au solennel maintien?
Je ne sais... Est-ce Mars, Apollon Pytliien?
Serait-ce Jupiter? L'aigle à ses pieds palpite;
Une pensée immense en son front vaste habite ;
Ses yeux fixes et blancs sont ceux d'un immortel.
Dans nos temples, pourtant, il n'avait point d'autel.
Homère pour héros l'eût aimé mieux qu'Achille.
Il semble encor plus grand que le Titan d'Eschyle ;
Et, sans la chaîne d'or, il pourrait de sa main
Lever toute la terre avec le genre humain 1
A cette majesté sérieuse et profonde
Se devine celui qui renverse et qui fonde.
On dirait le Génie et l'ancêtre du lieu 1 —
Mais je tremble, — mon toit n'abritait pas de Dieu !
Et sur un autre front je vois, comme une flamme.
Rayonner sa pensée et revivre son âme.
— L'effiroi me prend. — Pauvre ombre éveillée à demi. Fantôme d'un passé qu'on croj'ait endormi. J'allais, sans prendre garde aux feux de ces couronnes, Admirant les trépieds, les bronzes, les colonnes. Notant chaque détail, m'extasiant sur tout. Heureuse de trouver Pompéi toujours debout ;
Je ne me doutais pas qu'une docte imposture
Faisait, pour me tromper, mentir l'architecture; due l'antique était neuf, que j'étais à Paris. Mais un éclair soudain brille à mes yeux surpris. Le réel m'apparaît sous un angle plus juste : Le marbre était César, — le vivant est Auguste ! — Ta villa, Diomède, a dans ses murs étroits Napoléon premier et Napoléon trois 1
— Le temple est trop petit pour loger deux histoires ! Et j'entends au plafond les ailes des Victoires, Qui passent sur la fête avec leurs palmes d'or, Battre et s'enchevêtrer en leur rapide essor :
Il en vient de Crimée, il en vient d'Italie, Et déjà la maison en est toute remplie !
... EfFacez-vous, parois! disparaissez, ô murs!
— Mon regard voit au loin ondoyer les blés mûrs, La vigne, des coteaux couvrir l'amphithéâtre.
Et les voiles blanchir sur l'Océan bleuâtre. Les peuples librement échangent leurs trésors ; De toutes parts, dans l'air, ainsi que des décors, Montent subitement d'éternels édifices; Paris efface Rome ; et, sous des cieux propices. Plane dans les rayons, l'azur et la clarté, L'oiseau de Jupiter, l'aigle ressuscité !
Évanouissez-vous, sublimes perspectives, Votre éclat éblouit mes paupières craintives.
Si j'osais, du génie allant à la beauté. Contempler dans sa gloire et dans sa majesté Celle dont brille ici la grâce souveraine. Et qui, sans la couronne, encor serait la reine !
Non, non ; c'est trop d'audace, et je baisse les yeux !