‹ Poésies (volume 3)Chapitre 110 sur 140 · ITI · texte numérisé non relu

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Et cependant, si beau que soit, ô Notre-Dame, Paris ainsi vêtu de sa robe de flamme. Il ne l'est seulement que du haut de tes tours. Quand on est descendu, tout se métamorphose. Tout s'affaisse et s'éteint : plus rien de grandiose. Plus rien, excepté toi, qu'on admire toujours.

Car les anges du ciel, du reflet de leurs ailes, Dorent de tes murs noirs les ombres solennellec,

Et le Seigneur habite en toi.

Monde de poésie, en ce monde de prose, A ta vue, on se sent battre au cœur quelque chose,

L'on est pieux et plein de foi 1

Aux caresses du soir, dont l'or te damasquine, Quand tu brilles au fond de ta place mesquine. Comme sous un dais pourpre un immense ostensoir, A regarder d'en bas ce sublime spectacle. On croit qu'entre tes tours, par un soudain miracle. Dans le triangle saint, Dieu se va faire voir.

Comme nos monuments à tournure bourgeoise Se font petits devant ta majesté gauloise.

Gigantesque sœur de Babel ! Près de toi, tout là-haut, nul dôme, nulle aiguille; Les faîtes les plus fiers ne vont qu'à ta cheville.

Et ton vieux chef heurte le ciel.

Qui pourrait préférer, dans son goût pédantesque, Aux plis graves et droits de ta robe dantesque Ces pauvres ordres grecs qui se meurent de froid, Ces Panthéons bcâtards, décalqués dans l'école, Antique friperie empruntée à Vignole, Et dont aucun, dehors, ne sait se tenir droit?

O vous, maçons du siècle, architectes athées, Cervelles dans un moule uniforme jetées.

Gens de la règle et du compas.

Bâtissez des boudoirs pour des agents de change, Et des huttes de plâtre à des hommes de fange;

Mais des maisons pour Dieu, non pasl

NOTRE-DAME JOJ

Parmi les palais neufs, les portiques profanes. Les Parthénons coquets, églises courtisanes, Avec leurs frontons grecs sur leurs piliers latins, Les maisons sans pudeur de la ville païenne, On dirait, à te voir, Notre-Dame chrétienne, Une matrone chaste au milieu de catinsl

3o6 POÉSIES DIVERSES

M^GV^LE'K^

J'ENTRAI dernièrement dans une vieille église; La nef était déserte, et sur la dalle grise Les feux du soir, passant par les vitraux dorés, Voltigeaient et dansaient, ardemment colorés. Comme je m'en allais, visitant les chapelles, Avec tous leurs festons et toutes leurs dentelles. Dans un coin du jubé j'aperçus un tableau Représentant un Christ qui me parut très beau. On y voyait saint Jean, Madeleine et la Vierge; Leurs chairs, d'un ton pareil à la cire de cierge. Les faisaient ressembler, sur le fond sombre et noir, A ces fantômes blancs qui se dressent le soir Et vont croisant les bras sous leurs draps mortuaires ; Leurs robes à plis droits, ainsi que des suaires. S'allongeaient tout d'un jet de leur nuque à leurs pieds : Ainsi faits, l'on eût dit qu'ils fussent copiés. Dans le Campo-Santo, sur quelque fresque antique D'un vieux maitre pisan, artiste catholique. Tant l'on voyait reluire autour de leur beauté Le nimbe rayonnant de la mysticité.

Et tant l'on respirait dans leur humble altitude Les parfums onctueux de la béatitude.

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