‹ Poésies (volume 3)Chapitre 111 sur 140 · M A GD A LENA · texte numérisé non relu

M A GD A LENA

Sans doute que c'était l'œuvre d'un Allemand, D'un élève d'Holbcin, mort bien obscurément, A vingt ans, de misère et de mélancolie, Dans quelque bourg de Flandre, au retour d'Italie, Car ses tètes semblaient, avec leur blanche chair, Un rêve de soleil par une nuit d'hiver.

Je restai bien longtemps dans la même posture,

Pensif, à contempler cette pâle peinture;

Je regardais le Christ sur son infâme bois,

Pour embrasser le monde ouvrant les bras en croix.

Ses pieds meurtris et bleus et ses deux mains clouées,

Ses chairs par les bourreaux à coups de fouet trouées,

La blessure livide et béante à son flanc.

Son front d'ivoire où perle une sueur de sang.

Son corps blafard rayé par des lignes vermeilles,

Me faisaient naître au cœur des pitiés nonpareilles.

Et mes yeux débordaient en des ruisseaux de pleurs

Comme dut en verser la mère des douleurs.

Dans l'outremer du ciel les chérubins fidèles

Se lamentaient en chœur, la face sous leurs ailes.

Et l'un d'eux recueillait, un ciboire à la main.

Le pur sang de la plaie oi'i boit le genre humain ;

La sainte Vierge, au bas, regardait, pauvre mère !

Son divin Fils en proie à l'agonie amère;

Madeleine et saint Jean, sous les bras de la croix.

Mornes, échevelés, sans soupirs et sans voix.

Plus dégouttant de pleurs qu'après la pluie un arbre,

Étaient debout, pareils à des piliers de marbre.

C'était, certe, un spectacle à faire réfléchir, Et je sentis mon cou comme un roseau fléchir Sous le vent que faisait l'aile de ma pensée. Avec le chant du soir vers le ciel élancée.

Je croisai gravement mes deux bras sur mon sein,

Et je pris mon menton dans le creux de ma main,

Et je me dis : « O Christ ! tes douleurs sont trop vives ;

Après ton agonie au jardin des Olives,

Il fallait remonter près de ton Père, au ciel,

Et nous laisser, à nous, l'éponge avec le fiel;

Les clous percent ta chair, et les fleurons d'épines

Entrent profondément dans tes tempes divines.

Tu vas mourir, toi, Dieu 1 comme un homme. Lamort

Recule épouvantée à ce sublime effort;

Elle a peur de sa proie, elle hésite à la prendre.

Sachant qu'après trois jours il la lui faudra rendre,

Et qu'un ange viendra, qui, radieux et beau,

Lèvera de ses mains la pierre du tombeau ;

Mais tu n'en as pas moins souffert ton agonie,

Adorable victime entre toutes bénie ;

Mais tu n'en as pas moins, avec les deux voleurs,

Étendu tes deux bras sur l'arbre de douleurs.

O rigoureux destin 1 une pareille vie

D'une pareille mort si promptement suivie !

Pour tant de maux soufferts, tant d'absinthe et de fiel 1

Où donc est le bonheur, le vin doux et le miel ?

La parole d'amour pour compenser l'injure,

Et la bouche qui donne un baiser par blessure ?

Dieu lui-même a besoin, quand il est blasphémé,

Pour nous bénir encor, de se sentir aimé,

Et tu n'as pas, Jésus, traversé cette terre.

N'ayant jamais pressé sur ton cœur solitaire

Un cœur sincère et pur, et fait ce long chemin

Sans avoir une épaule où reposer ta main,

Sans une âme choisie où répandre avec flamme

Tous les trésors d'amour enfermés dans ton âme. »

Ne vous alarmez pas, esprits religieux,

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