‹ Poésies (volume 3)Chapitre 112 sur 140 · MAGDALENA · texte numérisé non relu

MAGDALENA

Car l'inspiration descend toujours des cieux, Et mon ange gardien, quand vint cette pensée, De son bouclier d'or ne l'a pas repoussée. C'est l'heure de l'extase où Dieu se laisse voir, L'Angélus éploré tinte aux cloches du soir: Comme aux bras de l'amant une vierge pâmée, L'encensoir d'or exhale une haleine embaumée ; La voix du jour s'éteint; les reflets des vitraux. Comme des feux follets, passent sur les tombeaux, Et l'on entend courir, sous les ogives frêles, Un bruit confus de voix et de battements d'ailes; La foi descend des cieux avec l'obscurité; L'orgue vibre ; l'écho répond : « Éternité ! » Et la blanche statue, en sa couche de pierre. Rapproche ses deux mains et se met en prière; Comme un captif brisant les portes du cachot. L'âme du corps s'échappe, et s'élance si haut Qu'elle heurte, en son vol, au détour d'un nuage, L'étoile échevelée et l'archange en voyage ; Tandis que la raison, avec son pied boiteux, La regarde d'en bas se perdre dans les cieux. C'est à cette heure-là que les divins poètes Sentent grandir leur front et deviennent prophètes. O mystère d'amour I ô mystère profond ! Abime inexplicable où l'esprit se confond I Qui de nous osera, philosophe ou poète. Dans cette sombre nuit plonger avant la tête ? Quelle langue assez haute et quel cœur assez pur, Pour chanter dignement tout ce poème obscur ? Qui donc écartera l'aile blanche et dorée Dont un ange abritait cette amour ignorée î Qui nous dira le nom de cette autre Éloa ? Et quelle âme, ô Jésus, à t'aimer se voua ? Murs de Jérusalem, vénérables décombres,

Vous qui les avez vus et couverts de vos ombres, O palmiers du Carmel 1 ô cèdres du Liban ! Apprenez-nous qui donc il aimait mieux que Jean ? Si vos troncs vermoulus et si vos tours minées Dans leur écho fidèle ont, depuis tant d'années, Parmi les souvenirs des choses d'autrefois, Conservé leur mémoire et le son de leur voix. Parlez et dites-nous, ô forêts ! ô ruines ! Tout ce que vous savez de ces amours divines, Dites quels purs éclairs dans leurs yeux reluisaient Et quels soupirs ardents de leurs cœurs s'élançaient ! Et toi, Jourdain, réponds ! sous les berceaux de palmes, Qiiand la lune trempait ses pieds dans tes eaux calmes, Et que le ciel semait sa face de plus d'yeux Que n'en traîne après lui le paon tout radieux. Ne les as-tu pas vus sur les lleurs et les mousses Glisser en se parlant avec des voix plus douces Que les roucoulements des colombes de mai, Que le premier aveu de celle que j'aimai ; Et dans un pur baiser, symbole du mystère. Unir la terre au ciel et le ciel à la terre ?

Les échos sont muets, et le flot du Jourdain Murmure sans répondre et passe avec dédain ; Les morts de Josaphat, troublés dans leur silence. Se tournent sur leur couche, et le vent frais balance Au milieu des parfums, dans les bras du palmier, Le chant du rossignol et le nid du ramier. Frère, mais voyez donc comme la Madeleine Laisse sur son col blanc couler à flots d'ébène Ses longs cheveux en pleurs, et comme ses beaux yeux Mélancoliquement se tournent vers les cieux ! Qu'elle est belle ! Jamais, depuis Eve la blonde, Une telle beauté n'apparut sur le monde ;

MAGDALENA Jli

So.i front est si charmant, son regard est si doux, Que l'ange qui la garde, amoureux et jaloux, Quand le désir craintif rôde et s'approche d'elle. Fait luire son épée et le chasse à coups d'aile.

O pâle fleur d'amour éclose au paradis, Qui répands tes parfums dans nos déserts maudits, Comment donc as-tu fait, ô fleur ! pour qu'il te reste Une couleur si fraîche, une odeur si céleste? Comment donc as-tu fait, pauvre sœur du ramier. Pour te conserver pure au cœur de ce bourbier? Quel miracle du ciel, sainte prostituée. Que ton cœur, cette mer si souvent remuée. Des coquilles du bord et du limon impur N'ait pas, dans l'ouragan, souillé ses flots d'azur. Et qu'on ait toujours vu sous leur manteau limpide La perle blanche au fond de ton âme candide ! C'est que tout cœur aimant est réhabilité. Qu'il vous vient une autre âme, et que la pureté Qui remontait au ciel redescend et l'embrasse, Comme à sa sœur coupable une sœur qui fait grâce ; C'est qu'aimer c'est pleurer, c'est croire, c'est prier; C'est que l'amour est saint et peut tout expier. Mon grand peintre ignoré, sans en savoir les causes, Dans ton sublime instinct tu comprenais ces choses: Tu fis de ses yeux noirs ruisseler plus de pleurs. Tu gonflas son beau sein de plus hautes douleurs; La voyant si coupable et prenant pitié d'elle, Pour qu'on lui pardonnât, tu l'as faite plus belle, Et ton pinceau pieux sur le divin contour Aipromené longtemps ses baisers pleins d'amour. Elle est plus belle encor que la vierge Marie, Et le prêtre à genoux qui soupire et qui prie, Dans sa pieuse extase, hésite entre les deux.

Et ne sait pas laquelle est la reine des cieux. O sainte pécheresse ! ô grande repentante ! Madeleine, c'est toi qae j'eusse, pour amante. Dans mes rêves choisie, et toute la beauté, Tout le rayonnement de la virginité Montrant sur son front blanc la blancheur de son âme. Ne sauraient m'émouvoir, ô femme vraiment femme, Comme font tes soupirs et les pleurs de tes yeux, Ineffable rosée à faire envie aux cieux I Jamais lis de Saron, divine courtisane.

Mirant aux eaux des lacs sa robe diaphane, N'eut un plus pur éclat ni de plus doux parfums. Ton beau front inondé de tes longs cheveux bruns Laisse voir, au travers de ta peau transparente, Le rêve de ton âme et ta pensée errante. Comme un globe d'albâtre éclairé par dedans 1 Ton œil est un foyer dont les rayons ardents Sous la cendre des coeurs ressuscitent les flammes; O la plus amoureuse entre toutes les femmes ! Les séraphins du ciel à peine ont dans leur cœur Plus d'extase divine et de sainte langueur; Et tu pourrais couvrir de ton amour profonde Comme d'un manteau d'or la nudité du monde 1 Toi seule sais aimer comme il faut qu'il le soit Celui qui t'a marquée au front avec le doigt; Celui dont tu baignais les pieds de myrrhe pure, Et qui pour s'essuyer avait ta chevelure; Celui qui t'apparut au jardin, pâle encor D'avoir dormi sa nuit dans le lit de la mort. Et, pour te consoler, voulut que la première Tu le visses rempli de gloire et de lumière.

En faisant ce tableau, Raphaël inconnu.

N'est-ce pas? ce penser comme à moi t'est venu,

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