T)EUX 'BE^UX YEUX
Vous avez un regard singulier et charmant; Comme la lune au fond du lac qui la reflète, \'otre prunelle, où brille une humide paillette. Au coin de vos doux yeux roule languissamment.
Ils semblent avoir pris ses feux au diamant; Ils sont de plus belle eau qu'une perle parfaite. Et vos grands cils émus de leur aile inquiète Ne voilent qu'à demi leur vif rayonnement.
Mille petits amours à leur miroir de flamme Se viennent regarder et se trouvent plus beaux, Et les désirs y vont rallumer leurs flambeaux.
Ils sont si transparents qu'ils laissent voir votre ànit, Comme une fleur céleste au calice idéal Que l'on apercevrait à travers un cristal.
LETHERMODON ^49
LE THE%î\COT>0'Kj
JAi, dans mon cabinet, une bataille énorme, Qui s'agite et se tord comme un serpent difforme Et dont l'étrange aspect arrête l'œil surpris ; On dirait qu'on entend, avec un sourd murmure, La gravure sonner comme une vieille armure. Et le papier muet semble jeter des cris.
Un pont par où se rue une foule en démence, Arc-en-ciel de carnage, ouvre sa courbe immense Et d'un cadre de pierre entoure le tableau ; A travers l'arche on voit une ville enflammée, D'où montent, en tournant, de longs flots de fumée Dont le rouge reflet brille et tremble sur l'eau.
Une barque, pareille à la barque des ombres, Glisse sinistrement au dos des vagues sombres. Portant, triste fardeau, des vaincus et des morts; Une averse de sang pleut des têtes coupées ; Des mains, par l'agonie éperdument crispées. Avec leurs doigts noueux s'accrochent à ses bords.
Pour recevoir le corps, mort ou vivant, qui tombe, Le grand fleuve a toujours toute prête une tombe; Il le berce un moment, et puis il l'engloutit; Les flots, toujours béants, de leurs gueules voraces Dévorent cavaliers, chevaux, casques, cuirasses, Tout ce que le combat jette à leur appétit.
Ici c'est un cheval qui s'eftare et se cabre. Et se fait, dans sa chute, une blessure au sabre Qu'un mourant tient encor dans son poing fracassé; Plus loin, c'est un carquois plein de flèches, qui verse Ses dards en pluie aiguë, et dont chaque trait perce Un cadavre déjà de cent coups traversé.
C'est un rude combat! chevelures, crinières, Panaches et cimiers, enseignes et bannières. Au souffle des clairons volent échevelés ; Les lances, ces épis de la moisson sanglante, S'inclinent à leur vent en tranche étincelante. Comme sous une pluie on voit pencher les blés.
Les glaives dentelés font d'affreuses morsures ; Le poignard altéré, plongeant dans les blessures Comme dans une coupe, y boit à flots le sang; Et les épieux, rompant les armes les plus fortes, Pour le ciel ou l'enfer ouvrent de larges portes Aux âmes qui des corps sortent en rugissant.
Quelle férocité de dessin et de touche ! Quelle sauvagerie et quelle ardeur flirouche ! Qui signa ce poème étrange et véhément ? C'est toi, maître suprême, à la main turbulente, Peintre au nom rouge, roi de la couleur brûlante. Divin Néerlandais, Michel-Ange flamand!