‹ Poésies (volume 3)Chapitre 64 sur 140 · LE CAVALIER POURSUIVI I · texte numérisé non relu

LE CAVALIER POURSUIVI I

— Vois là-bas, tout là-bas, cette flèche d'église, Q.ui pour te regarder lève sa tête grise

Par-dessus l'horizon, Te montre au doigt, te nargue, et, comme des reproches, A ton oreille fait tinter ses quatre cloches

Et galoper le son.

Hop! hop! mon andalous, mon noir, — plus vite encore 1 Une course pareille à celle de Lénore !

Je suis content, c'est bien.

Le clocher tout confus derrière un mont se cache, L'oiseau qui te suivait à peine au ciel fait tache,

Et je n'entends plus rien.

Mais, quoi donc ! tu faiblis. — Çà ! veux-tu que je teigne Mes éperons en pourpre à ton flanc brun qui saigne î

Allons, courage, allons !

Car nous sommes suivis, mon brave, d'un Vampire, Je sens, tiède à mon dos, le souffle qu'il aspire,

Il est sur nos talons.

Que derrière tes pas cette porte se ferme. Et nous sommes sauvés. — Nous touchons presque au terme ; Saute, vole, bondis !

— Le monstre ne peut rien sur moi dans cette chambre D'où s'exhale un parfum de fleurs, de femme et d'ambre,

Comme d'un paradis !

N'as-tu pas vu son œil luire à la jalousie? Tout mon bonheur est là, toute ma poésie.

Mes souvenirs, ma foi.

Tout, avec mon amour; c'est ma pâle créole. Le soleil de mon cœur, mon âme, mon idole,

Ma Béatrix à moi.

C'en est fait, le voilà, mes prières sont vaines ; Il m'éteint les regards et ra'entr'ouvre les veines

De ses ongles de fer.

Courbe mon dos et met sur ma tête pendante Une chape de plomb, comme aux damnés du Dante

Dans le neuvième enfer.

Tu cours bien, mon cheval, et ta croupe est fidèle, Tu dépasses le vent, le son et l'hirondelle ;

Mais il court bien mieux, lui ! Et pourtant ce coureur, ce n'est pas un arabe. Un anglais de pur sang, — ce n'est qu'un vilain crabe

Aux pieds boiteux, — l'ennui.

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