‹ Poésies (volume 3)Chapitre 69 sur 140 · LE 'N.U^GE · texte numérisé non relu

LE 'N.U^GE

DANS son jardin la sultane se baigne, Elle a quitté son dernier vêtement; Et délivrés des morsures du peigne, Ses grands cheveux baisent son dos charmant.

Par son vitrail le sultan la regarde,

Et, caressant sa barbe avec sa main,

Il dit : « L'eunuque en sa tour fait la garde,

Et nul, hors moi, ne la voit dans son bain.

— « Moi, je la vois, lui répond, chose étrange!

Sur l'arc du ciel un nuage accoudé;

Je vois son sein vermeil comme l'orange

Et son beau corps de perles inondé. »

Ahmed devint blême comme la lune, Prit son kandjar au manche ciselé.

Et poignarda sa favorite brune...

Quant au nuage, il s'était envolé!

LES COLOM'BES

SUR le coteau, là-bas où sont les tombes, Un beau palmier comme un panache vert Dresse sa tête, où le soir les colombes Viennent nicher et se mettre à couvert.

Mais le matin elles quittent les branches; Comme un collier qui s'égrène, on les voit S'éparpiller dans l'air bleu, toutes blanches, Et se poser plus loin sur quelque toit.

Mon âme est l'arbre où tous les soirs, comme elles. De blancs essaims de folles visions Tombent des cieux, en palpitant des ailes, Pour s'envoler dès les premiers rayons.

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