‹ Poésies (volume 3)Chapitre 68 sur 140 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

D'honneur I vous eussiez dit un boudoir de duchesse ; Tout s'y trouvait : — confort, élégance et richesse.

— Sur un beau guéridon de bois de citronnier Brillait, comme une étoile, une lampe d'albâtre Qui jetait par la chambre un jour doux et bleuâtre.

— Des perles, de la soie, un coffre à clous d'acier, De blondes sépias, de fraîches aquarelles,

Des albums, des écrans aux découpures frêles, La dernière revue et le nouveau roman, Un masque noir brisé, — mille riens fashionables, Pêle-mêle jetés, jonchaient fauteuils et tables; — C'était un désordre charmant!

Notre Innamoraia, couchée autant qu'assise Sur un moelleux divan, jeta, comme surprise, Un petit cri d'enfant, quand Albertus entra; Puis, prenant d'un coup d'oeil les conseils de la glace. Refit bouffer sa manche et remit à leur place Quelques rubans mutins. — Jamais la signora N'avait été mieux mise ; elle était adorable. En état d'amener une recrue au diable, Autant que femme au monde, et même plus ; — ses yeux Noirs et brillants avaient, sous leurs longues paupières, Tant de morbidci~a, son geste et ses manières Un abandon si gracieux I

Albertus un instant crut voir sa Vénitienne.

— La coiffure bizarre ornée à l'italienne De grosses boules d'or et de sequius percés, Le collier de corail, la croix et l'amulette, Les touffes de rubans et toute la toilette;

La peau couleur d'orange, aux tons chauds et foncés. L'expression rêveuse et l'attitude molle, Le regard tout pareil et la même parole : Elle lui ressemblait à faire illusion.

— Connaissant Albertus et son humeur fantasque, La sorcière avait cru devoir prendre ce masque

Pour contenter sa passion.

Véronique sonna. — La portière dorée S'entr'ouvrit. — Revêtu d'une riche livrée, Un petit page entra qui portait des plateaux,

— Un vrai page flamand, tête blonde et rosée. Comme celle qu'on voit au Terburg du Musée.

— Il posa sur la table et flacons et gâteaux. Plaça l'argenterie et la vaisselle plate. Versa de haut le vin dans les verres à patte, Salua nos galants, et puis s'éloigna d'eux.

— C'était un vin du Rhin dont la robe vermeille Jaunissait de vieillesse, un vin mis en bouteille

Au moins depuis un siècle — ou deux !

Il luisait comme l'or au fond du vidrecome;

— Un seul verre eût suffi pour étourdir un homme : Albertus au second s'acheva de griser.

. — A son œil fasciné chaque objet était double, Tout flottait sans contour dans une vapeur trouble, Le plancher ondulait, les murs semblaient valser,

— La belle avait jeté toute honte en arrière. Et, donnant à ses feux une libre carrière, De ses bras convulsifs lui faisait un collier, Se collait à son corps avec délire et fièvre. Le prenait par la tête et jusque sur sa lèvre

Tâchait de le faire plier.

Albertus n'était pas de glace ni de pierre.

— Quand même il l'eût été, sous la noire paupière De la dame, brillait un soleil dont le feu

Eût animé la pierre et fait fondre la glace ;

— Un ange, un saint du ciel, pour être à cette place, | Eussent vendu leur stalle au paradis de Dieu.

— « Oh ! dit-il, mon cœur brûle à cette étrange flamme Qjii dans ion. œil rayonne, et je vendrais mon âme Pour j'avoir à moi seul tout entière et toujours.

Un seul mot, de ta bouche à la vie éternelle ,. ^»

Me ferait renoncer. L'éternité vaut-elle y;

Une minute de tes jours?» ' /ia^

— « Est-ce bien vrai, cela ? reprit la Véronique, Le sourire à la bouche et d'un air ironique.

Et répéteriez-vous ce que vous avez dit ?

— Que pour vous posséder je donnerais mon dme Au diable, si le diable en voulait? oui, madame.

Je l'ai dit. — Eh bien 1 donc, à jamais sois maudit. Cria l'ange gardien d'Albertus. Je te laisse, Car tu n'es plus à Dieu. » — Le peintre en son ivresse N'entendit pas la voix, et l'ange remonta.

— Un nuage de soufre emplit la chambre, un rire De Méphistophélès, que l'on ne peut décrire,

Tout à coup dans l'air éclata.

Comme ceux d'une orfraie ou d'un hibou dans l'ombre. Les yeux de Véronique un instant d'un feu sombre Brillèrent; — cependant Albertus n'en vit rien. Certes, s'il l'avait vu, quel que fût son courage, A leur expression égarée et sauvage Il se serait signé de peur, — car c'était bien Un regard exprimant un mal irrémédiable, Un regard de damné demandant l'heure au diable. — On y lisait : — Toujours, Jamais, Éternité. C'était vraiment horrible. — Une prunelle d'homme, A de pareils éclairs, mourrait et fondrait comme Fond le bitume au feu jeté.

Et ses lèvres tremblaient. — On eût dit qu'un blasphème Allait s'en échapper, quand tout à coup : — «Je t'aime I Dit-elle bondissant comme un tigre en fureur. Mais sais-tu ce que c'est que l'amour d'une femme?' En demandant le mien, as-tu sondé ton àmeî \:^

As-tu bien calculé les forces de ton cœur? Que te sens-tu dans toi de puissant et de large A porter sans plier une pareille charge? Toujours! songes-y bien, d'un éternel amour Il n'est dans l'univers qu'un seul être capable, Et cet être, c'est Dieu, — car il est immuable; L'homme d'un jour n'aime qu'un jour. »

Dans le fond du boudoir uii ja yon de la lampe. Qui sur les murs dorés, vague et bleuâtre, rampe, Derrière les rideaux tirés discrètement Fait deviner un lit. — Albertus, sans mot dire (C'était bien répondu), de ce côté l'attire, Sur le bord de ce lit la pousse doucement... C'est ici que s'arrête en son style pudique. Tout rouge d'embarras, le narrateur classique. — Que ne fiiit-on pas dire à cet honnête point? Jamais comme immoral Basile ne le biffe. Et dans un roman chaste il est l'hiéroglyphe De ce qui ne l'est guère ou point.

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Moi qui ne suis pas prude, et qui n'ai pas de gaze Ni de feuille de vigne à coller à ma phrase, Je ne passerai rien. — Les dames qui liront Cette histoire morale auront de l'indulgence Pour quelques chauds détails. — Les plus sages, je pense. Les verront sans rougir, et les autres crieront. D'ailleurs, — et j'en préviens les mères de familles, — Ce que j'écris n'est pas pour les petites filles Dont on coupe le pain en tartines. — Mes vers Sont des vers de jeune homme et non un catéchisme. Je ne les châtre pas ; — dans leur décent cynisme Ils s'en vont droit ou de travers,

Peu m'importe, selon que dame Poésie,

Leur maîtresse absolue, en a la £intaisie.

Et, chastes comme Adam avant d'avoir péché.

Ils marchent librement dans leur nudité sainte,

Enfiints purs de tout vice et laissant voir sans crainte

Ce qu'un monde hypocrite avec soin tient caché.

— Je ne suis pas de ceux dont une gorge nue, Un jupon un peu court, font détourner la vue. — Mon œil plutôt qu'ailleurs ne s'arrête pas là.

— Pourquoi donc tant crier sur l'œuvre des artistes? Ce qu'ils font est sacré ! — Messieurs les rigoristes,

N'y verriez-vous donc que cela?

— Le peintre avait coupé le corset. — Véronique N'avait sur son beau corps pour vêtement unique Qu'une toile de Flandre; — un nuage de lin,

De l'air tramé; — du vent, une brume de gaze Laissant sous ses réseaux courir l'œil en extase;

— Tout ce que vous pourrez imaginer de fin. Albertus eut bientôt brisé ce rempart frêle,

Et dans un tour de main déshabillé la belle.

— Il eut tort, c'est gâter soi-même son plaisir, C'est tuer son amour et lui creuser sa tombe. Hélas 1 car bien souvent avec le voile tombe

L'illusion et le désir.

Il n'en fut pas ainsi. — La dame était si belle Qu'un saint du paradis se fût damné pour elle. — Un poète amoureux n'aurait pas inventé D'idéal plus parfait. — O nature! nature/ Devant ton œuvre, à toi, qu'est-ce que la peinture? Qu'est-ce que Raphaël, ce roi de la beauté ? Qu'est-ce que le Corrège et le Guide et Giorgione, Titien, et tous ces noms qu'un siècle à l'autre prône? O Raphaël! crois-moi, jette là tes crayons; Ta palette, ô Titien 1 — Dieu seul est le grand maître, Il garde son secret; et nul ne le pénètre. Et vainement nous l'essayons.

igO ALBERTUS

) Ôh ! le tableau charmant ! — Toute honteuse, et rouge ] Comme une fraise en mai, sur sa gorge qui bouge lElle penche la tête et croise les deux bras. — Avec son air mutin et sa petite moue, Ses longs cils palpitants qui caressent sa joue, Sa peau plus brune encor sous la blancheur des draps ; Avec ses grands cheveux aux naturelles boucles, Ses yeux étincelants comme des escarboucles. Son col blond et doré, sa bouche de corail, Son pied de Cendrillon et sa jambe divine. Et ce que l'ombre cache et ce que l'on devine, Seule elle valait un sérail. —

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Les rideaux sont tombés : — des rires frénétiques.

Des cris de volupté, des râles extatiques.

De longs soupirs mourants, des sanglots et des pleurs :

— Idolo del mio ciior, anima mia, mon ange.

Ma vie, — et tous les mots de ce langage étrange Que l'amour délirant invente en ses fureurs, Voilà ce qu'on entend. — L'alcôve est au pillage. Le lit tremble et se plaint, le plaisir devient rage;

— Ce ne sont que baisers et mouvements lascifs ; Les bras autour des corps se crispent et se tordent. L'œil s'allume, les dents s'entre-choquentet mordent,

Les seins bondissent convulsifs.

La lampe grésilla. — Dans le fond de l'alcôve Passa, comme récluir, un jour sanglant et fauve; Ce ne fut qu'un instant, mais Albertus put voir Véronique, la peau d'ardents sillons marbrée. Pâle comme une morte, et si défigurée Que le frisson le prit; — puis tout redevint noir. — La sorcière colla sa bouche sur la bouche Du jeune cavalier, et de nouveau la couche Sous des élans d'amour en gémissant plia. — Minuit sonna. — Le timbre au bruit sourd de la grêle Qui cinglait les carreaux joignit son fausset grêle, Le hibou du donjon cria. —

Tout à coup, sous ses doigts, ô prodige à confondre La plus haute raison I Albertus sentit fondre Les appas de sa belle, et s'en aller les chairs.

— Le prisme était brisé. — Ce n'était plus la femme Que tout Leyde adorait, mais une vieille infâme. Sous d'épais sourcils gris roulant de gros j'eux verts, Et pour saisir sa proie, en manière de pinces.

De toute leur longueur ouvrant de grands bras minces.

— Le diable eût reculé. — De rares cheveux blancs Sur son col décharné pendaient en raides mèches, Ses os faisaient le gril sous ses mamelles sèches.

Et ses côtes trouaient ses flancs.

Quand il se vit si près de cette Mort vivante, Tout le sang d'Albertus se figea d'épouvante; — Ses cheveux se dressaient sur son front, et ses dents Choquaient à se briser. — Cependant le squelette, A sa joue appuyant sa lèvre violette, Le poursuivait partout de ses rires stridents. — Dans l'ombre, au pied du lit, grouillaient d'étranges forme; Incubes, cauchemars, spectres lourds et difformes, Un cercueil de Callot et de Goya complet ! Des escargots cornus, sortant du joint des briques, Argentaient les vieux murs de baves phosphoriques ; La lampe fumait et râlait.

Au lieu du lit doré, c'était un grabat sale; Au lieu du boudoir rose, une petite salle D'un aspect misérable, où, dans un vieux châssis. Frissonnaient des carreaux étoiles ; où les voûtes, Vertes d'humidité, suaient à grosses gouttes Et laissaient choir leurs pleurs sur les pavés noircis. — Juan, redevenu chat, jetait mille étincelles, Fascinait Albertus du feu de ses prunelles. Et comme le barbet de Faust, l'emprisonnant De magiques liens, avec sa noire queue, Sur la dalle, où s'allume une lumière bleue. Traçait un cercle rayonnant.

La vieille fit : « Hop I hop I » et par la cheminée De reflets flamboyants soudain illuminée, Deux manches à balais, tout bridés, tout sellés, Entrèrent dans la salle avec force ruades, Caracoles et sauts, voltes et pétarades, Ainsi que des chevaux par leur maître appelés. « C'est ma jument anglaise et mon coureur arabe, » Dit la sorcière, ouvrant ses griffes comme un crabe Et flattant de la main ses balais sur le col. — Un crapaud hj-dropique, aux longues pattes grêles, Tint l'étrier. « Housch ! housch ! » Comme des sauterelles Les deux balais prirent leur vol.

Trap ! trap ! — ils vont, ils vont comme le vent de bise ; — La terre sous leurs pieds file rayée et grise. Le ciel nuageux court sur leur tète au galop. A l'horizon blafard d'étranges silhouettes Passent. — Le moulin tourne et fait des pirouettes, La lune en son plein luit rouge comme un falot. Le donjon curieux de tous ses yeux regarde. L'arbre étend ses bras noirs, — la potence hagarde Montre le poing et fuit emportant son pendu, Le corbeau, qui croasse et flaire la charogne, i Fouette l'air lourdement et de son aile cogne ( Le front du jeune homme éperdu.

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Chauves-souris, hiboux, chouettes, vautours chauves, Grands-ducs, oiseaux de nuit aux yeux flambants et fauves. Monstres de toute espèce et qu'on ne connaît pas, Stryges au bec crochu. Goules, Larves, Harpies, Vampires, Loups-garous, Brucolaques impies. Mammouths, Léviathans, Crocodiles, Boas, Cela grogne, glapit, siffle, rit et babille. Cela grouille, reluit, vole, rampe et sautille; Le sol en est couvert, l'air en est obscurci. — Des balais haletants la course est moins rapide; Et, de ses doigts noueux tirant à soi la bride, La vieille cria : « C'est ici. »

Une flamme, jetant une clarté bleuâtre Comme celle du punch, éclairait le théâtre. — C'était un carrefour dans le milieu d'un bois. Les nécromants en robe et les sorcières nues, A cheval sur leurs boucs, par les quatre avenues, Des quatre points du vent débouchaient à la fois. Les approfondisseurs de sciences occultes, Fausts de tous les pays, mages de tous les cultes, Zingaros basanés, et rabbins au poil roux, Cabalistes, devins, rêvasseurs hermétiques. Noirs et faisant râler leurs soufflets asthmatiques. Aucun ne manque au rendez-vous.

Squelettes conservés dans les amphithéâtres, Animaux empaillés, monstres, foetus vcrddtres, Tout humides encor de leur bain d'alcool, Culs-de-jatte, pieds-bots, montés sur des limaces, Pendus tirant la langue et faisant des grimaces. Guillotinés blafards, un ruban rouge au col, Soutenant d'une main leur tête chancelante; — Tous les suppliciés, foule morne et sanglante. Parricides manchots couverts d'un voile noir. Hérétiques vêtus de tuniques soufrées.

Roués meurtris et bleus, noyés aux chairs marbrées; — C'était épouvantable à voir!

Le président, assis dans une chaire noire. Avec ses doigts crochus feuilletant le grimoire, Épelait à rebours les noms sacrés de Dieu.

— Un rayon échappé de sa prunelle verte Eclairait le bouquin, et sur la page ouverte Faisait étinceler les mots en traits de feu.

— Pour commencer la fête on attendait le maître. On s'impatientait ; il tardait à paraître

Et faisait sourde oreille à l'évocation.

— Albertus croyait voir une queue et des cornes.

Des pieds de bouc, des yeux tout ronds aux regards mornes, Une horrible apparition 1

igb ALBERTUS

Enfin il arriva. — Ce n'était pas un diable Empoisonnant le soufre et d'aspect effroyable, Un diable rococo. — C'était un élégant Portant l'impériale et la fine moustache, Faisant sonner sa botte et siffler sa cravache Ainsi qu'un merveilleux du boulevard de Gand.

— On eût dit qu'il sortait de voir Robert le Diable, Ou La TenlatioHj ou d'un raout fashionable,

— Boiteux comme Byron, mais pas plus ; — il eût fait, Avec son ton tranchant, son air aristocrate

Et son talent exquis pour mettre sa cravate, Dans les salons un grand effet.

Le Belzébuth dandy fit un signe, et la troupe. Pour ouïr le concert, se réunit en groupe.

— Ni Ludwig Beethoven, ni Gluck, ni Meyerbeer, Ni Théodore Hoffmann, Hoffmann le fantastique! Ni le gros Rossini, ce roi de la musique.

Ni le chevalier Karl Maria de Weber,

A coup sûr, n'auraient pu, malgré tout leur génie.

Inventer et noter la grande symphonie

Que jouèrent d'abord les noirs dilettanti ;

— Boucher et Bériot, Paganini lui-même.

N'eussent pas su broder un plus étrange thème

De plus brillants pizzicati.

ex VI

Les virtuoses font, sous leurs doigts secs et grêles. Des Stradivarius grincer les chanterelles; La corde semble avoir une âme dans sa voix. Le tam-tam caverneux comme un tonnerre gronde ; Un lutin jovial, gonflant sa face ronde, Sonne burlesquement de deux cors à la fois. Celui-ci frappe un gril, et cet autre en goguettes Prend pour tambour son ventre et deux os pour baguettes. Quatre petits démons, sous un archet de fer. Font ronfler et mugir quatre basses géantes. Un gras soprano tord ses mâchoires béantes. C'est un charivari d'enfer 1

Le concerto fini, les danses commencèrent. Les mains avec les mains en chaîne s'enlacèrent. Dans le grand fauteuil noir le Diable se plaça Et donna le signal. — Hurrah ! hurrah ! La ronde, Fouillant du pied le sol, hurlante et furibonde. Comme un cheval sans frein au galop se lança; Pour ne rien voir, le ciel ferma ses yeux d'étoiles. Et la lune, prenant deux nuages pour voiles, Toute blanche de peur, de l'horizon s'enfuit. — L'eau s'arrêta troublée, et les échos eux-mêmes Se turent, n'osant pas répéter les blasphèmes Qu'ils entendirent cette nuit!

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On eût cru voir tourner et flamboyer dans l'ombre Les signes monstrueux d'un zodiaque sombre; L'hippopotame lourd, Falstaff à quatre pieds, Se dressait gauchement sur ses pattes massives Et s'épanouissait en gambades lascives.

— Le cul-de-jatte, avec ses moignons estropiés. Sautait comme un crapaud, et les boucs, plus ingambes, Battaient des entrechats, faisaient des ronds de jambes.

— Une tête de mort, à pattes de faucheux, Trottait par terre, ainsi qu'une araignée énorme. Dans tous les coins grouillait quelque chose d'informe;

— Des vers rayaient le sol gâcheux. —

La chevelure au vent, la joue en feu, les femmes Tordaient leurs membres nus en postures infâmes; Arétin eût rougi. Des baisers furieux Marbraient les seins meurtris et les épaules blanches; Des doigts noirs et velus se crispaient sur les hanches ; On entendait un bruit de chocs luxurieux.

— Les prunelles jetaient des éclairs électriques. Les bouches se fondaient en étreintes lubriques.

— C'étaient des rires fous, des cris, des râlements Non, Sodome jamais, jamais sa sœur immonde, N'effrayèrent le ciel, ne souillèrent le monde

De plus hideux accouplements.

ALBERT us I99

Le Diable éternua. — Pour un nez fashionablc L'odeur de l'assemblée était insoutenable.

— « Dieu vous bénisse 1 » dit Albertus poliment.

— A peine eut-il lâché le saint nom, que fantômes, Sorcières et sorciers, monstres follets et gnomes, Tout disparut en l'air comme un enchantement.

— Il sentit, plein d'effroi, des griffes acérées,

Des dents qui se plongeaient dans ses chairs lacérées; 11 cria; mais son cri ne fut point entendu... Et des contadini, le matin, près de Rome, Sur la voie Appia trouvèrent un corps d'homme. Les reins cassés, le col tordu.

— Joyeux comme un enfant à la fin de son thème, Me voici donc au bout de ce moral poème!

Eu -étÊS-vous^ aussi content que moi, lecteur?

En vain depuis deux mois, pour clore ce volume.

Mes doigts faisaient grincer et galoper la plume;

Le sujet paresseux marchait avec lenteur.

Se berçant à loisir sur leurs ailes vermeilles.

Les strophes se groupaient comme un essaim d'abeilles

Ou picoraient sans ordre aux sureaux du chemin.

— Les chiiTres grossissaient. La p.ige sur la page Se couchait moite encore, et moi, perdant courage.

Je me disais toujours: « Demain I »

' — Ce poème homérique et sans égal au monde Offre une allégorie admirable et profonde; Mais — pour sucer la moelle il faut qu'on brise l'os, Pour savourer l'odeur il faut ouvrir le vase, Du tableau que l'on cache il faut tirer la gaze, Lever, le bal fini, le masque aux dominos. — J'aurais pu clairement expliquer chaque chose. Clouer à chaque mot une savante glose. — Je vous crois, cher lecteur, assez spirituel Pour me comprendre. — Ainsi, bonsoir ! — Fermez la porte. Donnez-moi la pincette, et dites qu'on m'apporte Un tome de Pantagruel.

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