LE TRIOMPHE DE PETRARQUE
Le printemps parfumé, beau comme un jeune amant, Avec ses bras de lis environnant la terre. Aux avances des fleurs répondait doucement.
Afin de célébrer le solennel mystère,
La nature avait mis son plus riche manteau ;
Les éléments joyeux faisaient trêve à leur guerre.
O miracle de l'art ! ô puissance du beau !
Je sentais dans mon cœur se redresser mon âme
Comme au troisième jour le Christ dans son tombeau.
L'ombre se dissipait. La belle et noble dame, Tendant ses blanches mains du fond des cieux ouverts. M'engageait à monter par l'escalier de flamme.
Les bouvreuils réjouis sifflaient leurs plus beaux airs ; Tout riait, tout chantait, tout palpitait des ailes. Et les échos charmés disaient des fins de vers.
Beau cygne italien, roi des amours fidèles.
Poète aux rimes d'or, dont le chant triste et doux
Semble un roucoulement de blanches tourterelles ;
Figure à l'air pensif, et toujours à genoux. Les mains jointes, devant ton idole muette, Te voilà donc vivante et revenue à nous !
Je te reconnais bien; oui, c'est bien toi, poète; Le camail écarlate encadre ton front pur Et marque austèrement l'ovale de ta tête.
Tes yeux semblent chercher dans le fluide azur Les yeux clairs et luisants de ta maîtresse blonde, Pour en faire un soleil qui rende l'autre obscur.
Car tu n'as qu'une idée et qu'un amour au monde ;
Tout l'univers pour toi pivote sur un nom,
Et le reste n'est rien que boue et fange immonde.
Sous le laurier mystique et le divin rayon, Tu t'avances traîné par l'éclatant quadrige, Entre la Rêverie et l'Inspiration.
Un chœur harmonieux autour de toi voltige: C'est la chaste Uranie avec son globe bleu, Penchant son front rêveur comme un lis sur sa tige;
Euterpe, Polymnie, un sein nu, l'œil en feu; C'est Clio, belle et simple en son manteau sévère; Tout le sacré troupeau, qui le suit comme un dieu.
Les Grâces, dénouant leur ceinture légère, Dansent derrière toi, sur le char triomphal; A l'égal d'un César le monde te révère.
A ta suite l'on voit l'orgueilleux cardinal,
Comme un pavot qui brille à travers l'or des gerbes,
D'écarlate et d'hermine inonder son cheval.
Rien n'y manque... Seigneurs blasonnés et superbes, Prêtres, marchands, soldats, professeurs, écoliers. Les vieillards tout chenus, et les pages imberbes;
De beaux jeunes garçons et de blonds écuyers Soufflent allègrement aux bouches des trompettes. Et suspendent leurs bras aux crins blancs des coursiers ;
Sur le devant du char les filles les mieux faites. Les plus charmantes fîeurs du jardin de beauté. Font de leurs doigts de lis pleuvoir les violettes.