‹ PoésiesChapitre 11 sur 145 · II · texte numérisé non relu

II

Un mon qu'ils réveillaient les pria de se taire; Un pâle éclair, parti non du ciel, mais de terre,

Me lit dans leurs tombeaux Voir tous les trépassés, cadavres ou squelettes, Avec leurs os jaunis ou leurs chairs violettes,

S'en allant par lambeaux;

Les jeunes et les vieux, peuple du cimetière, Pauvres morts oubliés n'entendant sur leur pierre

Gémir que l'ouragan.

Et, dévorés d'ennui dans leur froide demeure, De leui-s yeux sans regard cherchant à savoir l'heure

A l'éternel cadran.

Puis tout devint obscur, et je repris ma route. Pâle d'avoir tant vu, plein d'horreur et de doute,

L'esprit et le corps las ; Et, me suivant partout, mille cloches fêlées. Comme des voix de mort, me jetaient par volées

Les nilements du glas.

Et je rentrai chez moi. — De lugubres pensées Tournaient devant mes yeux sur leurs ailes glacées

Et me rasaient le front.

Comme on voit sur le soir, autour des cathédrales, Des essaims de corbeaux dérouler leurs spirales

Et voltiger en rond.

Dans ma chambre, où tremblait une jaune lumière, Tout prenait une forme horrible et singulière,

Un aspect effrayant.

Mon lit était la bière, et ma lampe le cierge, Mon manteau déployé le drap noir qu'on asperge

Sous la porte en priant.

Dans son cadre terni, le pâle Christ d'ivoire. Cloué les bras en croix sur son étoffe noire,

Redoublait de pâleur; Et comme au Golgotha, dans sa dure agonie, Les muscles en relief de sa face jaunie

Se tordaient de douleur.

Les tableaux, ravivant leurs nuances éteintes, Au reflet du foyer prenaient d'étranges teintes,

Et, d'un air curieux.

Comme des spectateurs aux loges d'un théâtre. Vieux portraits enfumés, pastels aux tons de plâtre.

Ouvraient tout grands leurs yeux.

Une tète de mort sur nature moulée

Se détachait en blanc, grimaçante et pelée,

Sous un rayon blafitrd.

Je la vis s'avancer au bord de la console; Ses mâchoires semblaient rechercher leur parole.

Et ses yeux leur regard.

De ses orbites noirs, où manquaient les prunelles, Jaillirent tout à coup de fauves étincelles,

Comme d'un œil vivant.

Une haleine passa par ses dents déchaussées... Les rideaux à plis droits tombaient sur les croisées :

Ce n'était pas le vent.

i.A coMiiîiu nu LA Mour

l'"aihlc conuiK' Cls voix que l'on cntciul en rcvc, Triste comme un soupir des vagues sur la grève,

J'entendis une voix.

Or, comme ce jour-là j'avais vu tant de choses, Tant d'eflets merveilleux dont j'ignorais les causes,

J'eus moins peur cette fois:

U AIMI A EL

Je suis le Raphaël, le Sanzio, le grand maître! O frère, dis-le-moi, peux-tu me reconnaître

DaiLS ce crâne hideux?

Car je n'ai rien, parmi ces plâtres et ces masques. Tous ces crânes luisants, polis comme des casques,

Qiii me distingue d'eux.

Et pourtant c'est bien moi ! moi, le divin jeune homme, Le roi de la beauté, la lumière de Rome,

Le Raphaël d'Urbin!

L'enfant aux cheveux bruns qu'on voit aux galeries, Mollement accoudé, suivre ses rêveries,

La tête dans sa main !

O ma Fornarina! ma blanche bien-aimée.

Toi qui dans un baiser pris mon âme pâmée

Pour la remettre au ciel, Voilà donc ton amant, le beau peintre au nom d'ange. Cette tête qui fait une grimace étrange:

Eh bien ! c'est Raphaël !

Si ton ombre endormie au fond de la chapelle S'éveillait et venait à ma voix qui t'appelle.

Oh ! je te ferais peur !

Que le marbre entr'ouvert sur ta tête retombe. Ne viens pas, ne viens pas! et garde dans ta tombe

Le rêve de ton cœur!

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